Donald Trump ou la victoire de l’antiféminisme

Le 45e président américain, Donald Trump, sera intronisé le 20 janvier. Retour sur une campagne et une élection qui ont soulevé avec acuité la question de la légitimité des femmes en politique et, plus largement, de la perpétuation de la domination patriarcale dans la société.

« Donald Trump, (…) s’il est élu, sera un vrai cauchemar pour les femmes. Nous représentions 53% des électeurs en 2012, et si nous allons voter encore cette année, nous pouvons l’arrêter. Rejoignez notre combat », expliquait le site Women can stop Trump durant la campagne électorale.

Une campagne électorale marquée par la violence sexiste

Cette campagne qui a opposé Trump à Hillary Clinton s’est distinguée par sa violence sexiste. Ainsi, le New York Times a recensé 422 attaques directes de Trump contre elle via Twitter. Et la campagne du milliardaire a pris un tour massivement misogyne lorsque le parti républicain a édité des badges électoraux clamant « Ne vote pas pour une salope, la vie en est déjà une ».

Les féministes américaines se sont donc fortement mobilisées, envahissant la toile avec des mots d’ordre comme « Le 8 novembre, la chatte contre-attaque », ou s’affichant, telle Lena Dunham, actrice et réalisatrice de Girls, aux côtés de la candidate démocrate.

« Face à l’incarnation vivante de l’âme sexiste de ce pays » selon les mots de la féministe Rebecca Traister, la campagne a réuni des féministes pourtant divisées lors des primaires, car beaucoup de femmes ne se reconnaissaient pas dans le féminisme très élitiste de Clinton. Cependant, la démocrate s’est aussi engagée sur de nombreux thèmes chers aux organisations féministes comme la défense du droit à l’avortement.

Le Gender Gap à l’épreuve au moment du vote

L’objectif visé par les féministes durant la campagne était que le Gender Gap fonctionne à plein et permette à Hillary Clinton d’être élue. De fait, Hillary Clinton a connu le Gender Gap le plus important depuis 1996 : 42% des femmes ont voté pour Trump contre 53% des hommes. Et si Donald Trump a remporté le vote de 62% des femmes blanches non diplômées, Hillary Clinton a été largement gagnante chez les femmes noires avec 94% des suffrages.

Les dynamiques de genre ont donc joué un rôle majeur dans ces élections ainsi que dans la campagne qui a précédé. Et pourtant cela n’a pas suffi. La victoire de Trump est révélatrice de l’ambivalence des électeurs américains face à la place des femmes en politique : les sondages de sortie des urnes semblaient affirmer que le fait d’élire la première femme présidente des Etats-Unis n’avait guère pesé dans le choix de l’électorat féminin.

Une défaite de genre

La campagne de Trump « a libéré la pensée de ses militants » explique Kelly Dittmar, professeure en sciences politiques à l’université de Rutgers. Car, selon le journaliste Adam Schatz, les « Trumpiens » appartiennent à un électorat blanc masculin, revendiquant une position de domination naturelle sur l’ensemble de la société et tenant à conserver ses privilèges.

La mobilisation de cet électorat n’a pas pu être contrebalancée par celle des organisations féministes. Hillary Clinton n’a jamais joui d’une réelle popularité. Mais beaucoup des critiques dont elle a fait l’objet s’expliquent par une misogynie mal assumée. Les accusations d’opportunisme liées à son ralliement à certaines idées de Bernie Sanders, sont dues, selon Schatz, au fait que, pour les Américains, les hommes ont le droit de se dédire pour gagner alors que les femmes qui le font sont « sans scrupules ».

Déjà, tout au long de la carrière politique de son mari, Clinton s’est retrouvée au centre des débats concernant le rôle des femmes dans la société, analyse Ruth Mandel, professeure à l’université de Rutgers. Ces critiques sexistes l’ont suivie lorsqu’elle a occupé un rôle politique de premier plan. Et ce sont, au moment du vote, ces conservatismes qui ont refait surface. Le pouvoir exécutif demeure encore un attribut masculin aux États-Unis.

Et après ?

A l’annonce des résultats, cette victoire a été qualifiée de cauchemar national. Pourtant, malgré la défaite, la lutte continue. L’actrice Chloë Grace Moretz, très engagée en faveur d’Hillary Clinton, a publié un long texte sur Instagram dans lequel elle déclarait : « Nous nous battrons pour nos droits, et serons entendues. » Les manifestations qui ont eu lieu à travers le pays au lendemain du résultat de l’élection présidentielle ne sont sans doute que le premier signe de ce combat pour les droits, dans lequel les mots d’ordre féministes vont prendre toute leur place.

Claire B 

Pour marquer leur désapprobation aux positions ouvertement misogynes et anti-féministes de Trump, les femmes américaines organisent une marche à Washington, le 21-janvier-2017, jour de l’investiture du nouveau président.

En solidarité, des événements sont organisés par des féministes le même jour partout dans le monde. 

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A Paris : RDV à 14h00, au départ du mur de la Paix devant l’école militaire (métro Ligne 8, Ecole militaire)
A Toulouse : RDV Place du Capitole à 17h00
A Auvillar : RDV Place de la Halles à 15h00
A Montpellier : RDV Jardin du Peyrou à 14h00
A Nice : RDV Place Masséna à 15h00
A Strasbourg : RDV Place Kléber à 17h30

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