1975-2017 : Le combat pour l’avortement libre et gratuit. Femmes de tous les pays, encore un effort !

Je me souviens de 1975. Nous avions gagné le combat pour la contraception et l’avortement libre et gratuit.

Je me souviens que devant la continuation de la situation, avortements clandestins ou à l’étranger, entre 1970 et 1975, nous les femmes du MLF, nous avons décidé de passer à l’illégalité. Nous allions aider concrètement des femmes à avorter avec la méthode par aspiration Karman, une méthode beaucoup moins douloureuse pour les femmes, moins humiliante et plus respectueuse.

J’étais intermédiaire, nous étions en général deux intermédiaires travaillant avec un médecin engagé dans la lutte pour l’avortement. Les femmes souhaitant avorter prenaient contact avec nous, nous nous donnions rendez-vous dans un café, nous en discutions avec elles, nous leur décrivions la méthode Karman.

Puis, le jour convenu, nous les conduisions au lieu où allait être pratiqué l’avortement, un grand appartement Porte de Versailles, loué à cet effet. Il y avait plusieurs pièces. Plusieurs équipes médecin-intermédiaires y travaillaient, il y avait aussi beaucoup de femmes et l’atmosphère était parfois triste et souvent joyeuse, frondeuse.

Nous assistions à l’avortement de la femme que nous accompagnions, nous la soutenions.
Puis, nous les intermédiaires, nous restions en contact avec cette femme pour l’aider, en cas de complication, à trouver une structure médicale aidante.

Oui, Simone Veil menait le combat au niveau parlementaire et national. Mais elle n’aurait jamais pu le mener sans les actions illégales que nous avions engagées. Ce sont les militantes du MLF qui par leurs combats et leurs engagements ont fait voter la loi que l’on a baptisé loi Veil. On a voulu l’attribuer à une seule femme dont on voudrait faire une héroïne en la faisant auteure de cette loi. Qui dit héroïne dit femme d’exception. Assurément, elle l’est. Mais il ne faudrait pas oublier que ce  sont les femmes combattantes qui sont aussi les héroïnes, les femmes avortées qui ont pris ce risque avec nous, les militantes et les médecins qui se sont engagé-e-s dans ce combat.

2017 : ces droits, si chèrement acquis, sont remis en question en France et ailleurs.
Soulignons :

  • La victoire des femmes polonaises : elles sont descendues massivement dans les rues lors de ce qu’on a appelé un « Lundi noir ». Elles ont tenu en échec ceux qui voulaient interdire l’avortement. Leurs représentantes ont reçu le Prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes le 9 Janvier 2017.
  • Aux US,  l’élection de Trump et de ses ministres anti-avortement menace une fois de plus le droit à l’avortement, lequel est déjà restreint dans certains états.
  • En France, les discours récents de François Fillon, ne parlons pas de Marion Maréchal Le Pen, annoncent une volonté de revenir sur ce droit.
  • Partout ailleurs, dans de nombreux pays, on assiste à la montée des conservatismes religieux de tous bords qui veulent à nouveau légiférer sur le corps des femmes, contre la volonté des femmes.

Moralité : Il n’est d’avancée dans les droits des femmes qui ne soient le fruit de leurs durs combats. Rien n’est jamais acquis, tout est toujours  à conquérir.

Karine, Militante féministe depuis 1970 et ancienne militante MLF

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Manifestation en Pologne, 2016.