Marie-George Buffet : « Le sport, un combat politique »

Ministre de la Jeunesse et des Sports de 1997 à 2002, Marie-George Buffet livre son regard sur la place des femmes dans le sport. Avec pour conviction première que les pouvoirs publics ont leur rôle à jouer.

Lors du FISE à Montpellier, on a pu entendre : « Le skate est un sport d’hommes. » Que vous inspirent ces propos ?

Ce vocabulaire donne à voir toute l’immensité de la discrimination dans les pratiques sportives, et pas uniquement dans ces sports.

Comment lutter contre ce type de discriminations ?
Il existe plusieurs leviers. J’ai rencontré des professeurs d’éducation physique et sportive qui étaient volontaires pour faire jouer les filles au foot par exemple. La prévention dans le milieu scolaire est donc fondamentale. Ensuite, les fédérations doivent favoriser et surtout valoriser les pratiques féminines.

Pourquoi existe-t-il un tel manque de visibilité du sport féminin ?
C’est avant tout un manque de médiatisation ! Le sport féminin ne représente que 7% dans les médias. Or, si on donne à voir du beau spectacle de sport féminin, on donnera aussi envie aux petites filles de pratiquer et on apportera au public un autre regard. A Roland-Garros, la finale femme est tout autant suivie que la finale homme.

Dans des compétitions de haut niveau comme les JO, certaines femmes sont autorisées à pratiquer voilées. Qu’en pensez-vous ?

Ce sont des règles édictées par les fédérations internationales. Par contre, les pouvoirs publics ont le devoir d’attirer l’attention sur ces questions, la tenue sportive est une question d’équité entre les sportifs, avec la tenue la plus appropriée pour la pratique du sport. Le sport est un combat politique à part entière.

Vous avez déclaré que « la pratique féminine sportive devait être une priorité transversale. »
Le sport, c’est le rapport au corps. On touche toutes les problématiques liées aux droits des femmes. Nous sommes dans une société au discours conservateur où le rôle de la femme dans la famille est encore de procréer et d’élever les enfants. Or pour faire du sport, il faut de la disponibilité. Comment conjuguer vie professionnelle et activités sportives si la femme est réduite à ce rôle…

La lutte de la visibilité des femmes dans le sport, c’est un combat contre la domination patriarcale, comme dans d’autres domaines. Par exemple, une licence dans un club a un coût. Dans certaines familles, on va privilégier l’inscription du garçon car on estime qu’il doit faire du sport pour se canaliser. La fille, elle, est plus sage elle peut rester à la maison. Ce sont tous ces stéréotypes qu’il faut remettre en cause.

Propos recueillis par NL