Pénurie de gynécos ou mépris des sages-femmes ?!

Depuis quelques mois on voit fleurir des articles et des réactions s’inquiétant de la pénurie de gynécologues médicaux, il me semblait important de rebondir, afin d’apporter des explications supplémentaires.

Rappels :

Aujourd’hui, la France compte près de 4464 gynécologues-obstétricien.ne.s et 1136 gynécologues médicaux.ales. Ce sont deux spécialités différentes, les gynécologues obstétricien.ne.s sont chargé.es principalement de s’occuper des grossesses, accouchements dystociques (extractions instrumentales, césariennes, hémorragies du post-partum…).

Les gynécologues médicaux.ales, quant à eux.elles, ont pour mission principale de prendre en charge le suivi classique de l’adolescence à la ménopause, chirurgie, cancérologie…

Cette spécialisation spécifique à la France a été supprimée pour ne former que des gynécologues obstétricien.ne.s, puis a été de nouveau ouverte. Près de deux gynécologues sur trois ont plus de 60 ans. Résultat: selon le SYNGOF (Syndicat National des Gynécologues Obstétriciens de France), les femmes sont de moins en moins suivies.

Y-a-t-il un réel manque de professionnel.le.s assurant le suivi gynécologique des femmes?

Pas vraiment, afin de garantir une continuité des soins dans ce domaine, les sages-femmes et médecins généralistes sont habilité.e.s depuis la loi HPST de 2009, à prendre en charge le suivi gynécologique de prévention et de contraception chez les femmes en bonne santé. Contrairement aux idées reçues, les sages-femmes ne s’occupent pas seulement des femmes enceintes, c’est-à-dire que la consultation gynécologique de « routine » (frottis, prescription d’une contraception, pose, retrait d’implant et de stérilet…) peut être réalisée par une sage-femme.

En cas de dépistage d’une pathologie, les femmes sont réorientées vers un.e médecin, car les sages-femmes ont les connaissances pour la diagnostiquer mais pas les compétences pour la traiter. Depuis peu, elles.ils ont la possibilité de réaliser les IVG médicamenteuses.

Le président du SYNGOF, Bertrand de Rochambeau affirme haut et fort que les sages-femmes ne sont pas suffisamment formées dans le domaine, et qu’avec cette pénurie, les patientes «devront se débrouiller avec les médecins généralistes et les sages-femmes». Ces propos diffamatoires et dégradants ont poussé le CNOSF (Conseil National de l’Ordre des Sages-Femmes) à réagir et affirme qu’il est urgent que le rôle de chacun.e soit redéfini car le nombre de professionnel.le.s prenant en charge la santé génésique des femmes est suffisant. Il est donc nécessaire que la répartition des patientes entre ces métiers soit mieux organisée. Avec environ 30 000 sage-femmes en France cette répartition pourrait se faire au bénéfice de la santé des femmes.

Depuis plusieurs années, les étudiant.e.s sages-femmes bénéficient d’un enseignement théorique et de stages cliniques, d’enseignements spécifiques sur la bienveillance et l’autonomie des patientes. Le CNOSF met en avant la disponibilité des sages-femmes libérales ainsi que l’absence de dépassement d’honoraire, le prix de la consultation étant fixé à 23€.

Sages-femmes : en mal de moyens et de reconnaissance

Alors que les consultations complexes telles que la « première consultation de contraception » viennent de passer à 46€ pour les médecins (généralistes, gynécologues et pédiatres), celle des sages-femmes reste à 23€ pour les mêmes conseils de prévention prodigués.

Cette différence entre la rémunération des deux consultations n’est que le dernier épisode d’une longue histoire de mépris envers les sages-femmes et de dégradation de leurs conditions d’exercice. Enchaînement de contrats précaires, faible niveau de rémunération, fermeture des maternités de proximité… Comment espérer que les femmes bénéficient d’un parcours de soins serein quand les professionnel.le.s qui les accueillent subissent de telles pressions ?!

Enfin, les sages-femmes (profession exercée à 98% par des femmes) souffrent d’un manque de reconnaissance de leurs capacités, dû à un défaut de communication des pouvoirs publics. Est-ce un hasard si ce déni de compétences s’abat sur la plus féminine des professions médicales ?

 

Lucile, sage-femme