Vers une réappropriation de l’espace public par les femmes

Où sont les femmes dans l’espace public, qu’il soit urbain ou rural ? Trop souvent absentes, c’est donc l’image de « la femme » et la panoplie de clichés sexistes qui l’accompagne, qui s’impose à nous et affecte nos représentations. Comment se réapproprier les villes et créer des lieux de vie et des manifestations du langage et de la pensée véritablement publics et mixtes ?

Occuper physiquement l’espace

Un certain nombre de solutions ont été envisagées, notamment pour rendre l’environnement moins anxiogène et plus sûr pour les femmes. La mesure la plus connue est celle des « marches exploratoires ». Elles rassemblent des femmes qui marchent ensemble dans leur quartier, de jour ou de nuit, sans hommes. Cela leur permet d’identifier les éléments anxiogènes du territoire et participe à leur réappropriation de l’espace public. Initiées dans les années 1990 à Toronto et Montréal, ces marches ont été reprises dans les années 2000 en France, grâce à des associations comme Genre et Ville. D’autres féministes, comme le collectif « Place aux Femmes » né à Aubervilliers en 2012, dénoncent l’annexion des cafés et de leurs terrasses par les hommes. Elles choisissent d’occuper l’espace physiquement, en bande, en s’asseyant dans les bars de leur ville. Unefois leur présence normalisée et acceptée et que d’autres femmes viennent consommer régulièrement, elles attribuent des labels « Bu et Approuvé » aux cafés.

Des mesures à double tranchant

Des collectivités locales du monde entier se sont aussi approprié les questions de harcèlement sexuel, notamment dans les transports publics. Au Japon, en Egypte, au Koweït et au Mexique, des espaces (wagons, bus etc.) sont réservés aux femmes. Ils sont plébiscités par certaines utilisatrices, qui apprécient la sécurité enfin obtenue. Mais une mesure fondée sur la séparation entre hommes et femmes ne signe-t-elle pas la fin de la mixité dans l’espace public ? Et est-ce vraiment aux femmes de changer de comportement en se rassemblant dans un bus réservé? Quelles conséquences pour celles qui restent dans les espaces mixtes ?

Créer des espaces graphiques de lutte symbolique

Des groupes d’artistes et de tagueuses féministes choisissent de marquer le territoire avec des images, des symboles, des slogans ou des poèmes pour expri- mer explicitement leur désaccord face au sentiment d’illégitimité ou d’insécurité des femmes et face aux représentations sexistes de « la femme » véhiculées par la publicité. Ces initiatives participent à la création d’un nouveau discours urbain, à l’émergence d’une pensée collective contestataire motivée par une volonté de réponse, de prise de parole, une démarche militante. Ces graffitis sont des manifestes, des déclarations publiques contre la privatisation de l’espace par la publicité et par le patriarcat. Ils rétablissent la possibilité d’un dialogue, pour faire place à une pluralité des perspectives et des visions du monde au sein de l’espace public.

Claire


Stop à la banalisation du harcèlement de rue !

Dans l’espace public, toutes les femmes, quel que soit leur âge, ont fait l’expérience de harcèlements répétés de la part d’hommes : regards intimidants, sifflets, commentaire sur l’apparence, propos grossiers, jusqu’aux insultes et aux agressions sexuelles. En 2012, le documentaire de Sophie Peeters Femme de la rue avait rendu visibles ces faits qui s’inscrivent dans le continuum des violences faites aux femmes, mais qui sont trop souvent niés, banalisés, ou opportunément qualifiés de « séduction ». Or pour les harceleurs, pas question de réciprocité : il s’agit de réaffirmer la domination masculine de l’espace public, en rappelant aux femmes qu’elles n’en sont jamais pleinement usagères. En somme, une police du patriarcat, chargée de remettre les femmes « à leur place », à l’image du harcèlement sexiste au travail. Depuis peu, les réactions se multiplient, que ce soit par la création de films, sur les réseaux sociaux, dans des articles de presse écrite, ou par des actions comme celles du collectif « Stop harcèlement de rue ». Sur Twitter, le hashtag #safedanslarue permet aux femmes de se regrouper et de témoigner des agissements machistes dont elles sont victimes, ou s’échanger des techniques pour se sentir en sécurité. Persévérons pour interpeller l’opinion publique sur les violences sexistes dans l’espace public : agissons tou-te-s !

Marion