Quelle place des femmes dans l’espace public ?

Edith Maruéjouls est géographe et créatrice de L’ARObE, L’Atelier Recherche OBservatoire Egalité. Elle a publié une thèse intitulée : Mixité, égalité et genre dans les espaces du loisir des jeunes.

Qu’est-ce que vos recherches sur l’espace public vous ont révélé sur l’usage de l’espace (urbain) par les femmes ?

L’analyse des loisirs des jeunes (8-20 ans) dans les équipements et espaces dédiés montre qu’on est loin de la mixité et de l’égalité. La mixité au sens du mélange et du partage, condition de la remise en cause des stéréotypes sexués. L’égalité au sens de l’égale redistribution de l’argent public et de l’égal accès aux structures et espaces publics, qui doivent être utiles à tous-tes les concitoyen-nes.

Quel est le rôle des pouvoirs publics par rapport à cela ?

Le rôle des pouvoirs publics est double. D’une part, la puissance publique doit garantir la norme égalitaire, c’est-à-dire interroger les dispositifs et les politiques mises en œuvre dans la lutte contre le sexisme. C’est au cœur du combat féministe. Lorsque je constate 80% de fréquentation masculine dans les équipements dédiés aux jeunes, alors on est en droit de se demander à quoi sert cet équipement en termes d’égalité f/h. D’autre part, la puissance publique doit proposer l’alternative, c’est-à-dire permettre aux filles et aux garçons, aux femmes et aux hommes, d’entendre un discours alternatif à la norme de genre, rappeler les « fondamentaux » dans la relation entre les êtres humains comme définis dans notre constitution, dans notre république, dans notre démocratie.

Les femmes peuvent-elles se réapproprier l’espace public ?

Bien sûr, se l’approprier surtout. Rien aujourd’hui « n’interdit » (dans le droit) aux femmes de se balader, de flâner, d’être à la ville à l’égales des hommes. Il faut insuffler de la mixité partout et en particulier dans l’espace public. Il faut le « revendiquer» avec les hommes. C’est parce que nous vivons dans un pays de libertés que nous réclamons tous ensemble l’égalité réelle, et c’est quand nous réaliserons l’égalité réelle que nous serons libres. C’est une question éminemment sociétale et collective.

Que pensez vous d’une campagne comme Tack Back The Metro ?

L’action fait partie de la problématisation et de la conscientisation. Il faut à tous prix poser la question du sexisme dans le débat public et saisir l’importance de la démarche collective. Nous sommes collectivement tous-tes « responsable », c’est aussi ça le marqueur d’une démocratie, c’est être responsable et agissant. Qu’a-t-on à gagner en codifiant, en stigmatisant la relation entre les femmes et les hommes, la relation entre les hommes eux-mêmes, et entre les femmes elles-mêmes ? N’est-il pas venu le temps du non consentement collectif aux inégalités et au système de domination ? N’est-il pas venu le temps que les approches et les apports des féministes soient pris en compte dans le projet d’amélioration de la relation entre tous êtres humains ?

Justine