Le porno « féministe », une alternative envisageable?

Au delà des bonnes intentions, le porno « féministe » est-il une solution pour lutter contre le système porno-criminel ?

Qu’est-ce que le porno « féministe »?

Le porno féministe serait une alternative aux films dominants (les « tubes » avec leurs centaines de milliards de connexions permettant un accès gratuit à des contenus sexuels) et mettrait en avant le plaisir féminin et le «consentement ». Le but de ce format serait de briser les stéréotypes et le schéma habituel des vidéos issues des tubes (comprenant toujours les mêmes pratiques filmées dans le même ordre et centrées exclusivement sur le plaisir masculin). Le porno féministe permettrait également de représenter une diversité des corps et de la beauté, d’émanciper les femmes à travers la réappropriation du système pornographique et la mise en scène sexuelle de soi qui viendraient renverser la situation en se focalisant sur les femmes et le plaisir féminin.

Pourquoi le porno ne peut-il pas être féministe?

Cette démarche peut sembler relever de l’évidence et promouvoir l’égalité et l’émancipation des femmes. Cependant, la réalité en est toute
autre… Les pornographes « féministes » bénéficient d’une très large couverture médiatique. Tout est fait pour promouvoir un porno branché, libérateur et dans l’air du temps. Pourtant, même ses plus farouches partisanes se contredisent en mettant en évidence que le porno incite à la performance, à une course vers la popularité (ou plutôt du profit ?). Elles reviennent sur le fait qu’il ne peut être vendeur que s’il est « mis en scène » (et donc tout sauf naturel). Toutes insistent sur le caractère indélébile de son image numérique qui, quoiqu’il arrive, laissera une trace tant sur le plan de la diffusion de l’intimité de la personne que sur le plan psycho-affectif. Cette ambivalence dans les discours libéraux pro porno est révélatrice de l’arnaque que représente l’autonomisation des femmes par la représentation sexuelle de soi : la personne filmée (ou photographiée) répond de fait aux attentes des autres. De plus, son image est appropriée par des personnes tierces et par quiconque utilisant Internet. La personne « consent » à être photographiée ou filmée (afin de lutter contre une précarité financière et affective) mais elle n’est absolument pas dans une démarche de désir libre et éclairé. En quoi le fait de s’exposer sexuellement sur Internet, donc au monde entier, est-il bon pour qui que ce soit ? A qui profite alors le porno « féministe »? Aux proxénètes qui continuent à s’enrichir sur des actes sexuels non désirés, des viols filmés et aux agresseurs en demande d’images violentes. Preuve que la majorité des personnes visionnant de la pornographie reste des hommes, complices de ce système de proxénétisme, le porno féministe est vu essentiellement par eux. Dans ces vidéos, qui au final ne servent que le plaisir masculin, les femmes restent hypersexualisées, sans personnalité et sans individualité propre. Pourquoi le féminisme validerait le système pornographique qui n’est qu’un des maillons de l’aliénation des femmes, quand bien même celui-ci serait-il estampillé féministe? Il est donc nécessaire de rappeler l’importance du féminisme radical qui prône l’abolition du système prostitutionnel et pornographique afin de garantir une réelle liberté des femmes. Il est également essentiel de dénoncer le porno « amateur » (cf Jacquie et Michel) qui reprend tous les codes de celui dit « professionnel », en ce que les violences masculines extrêmes contre les filles et les femmes qui sont filmées sont les mêmes et de manière générale, de garder un regard critique sur la représentation du nu (surtout s’il est diffusé sur le net).

Meryl, OLF 75

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