Interview de Pierre-Yves Ginet, rédacteur en chef du magazine ‘‘Femmes ici et Ailleurs’’

Comment est né le magazine ?

L’association « Femmes en résistance » est née en 2003 d’un œil aiguisé pour la photographie et d’une sensibilité féministe. L’idée a d’abord été de concevoir des expositions sur les droits des femmes, qui visent à faire connaître au plus grand nombre les pionnières du féminisme ou de grandes figures féminines.

En 2012, l’équipe a souhaité développer un magazine, né d’un constat sidérant : 80% des sujets de l‘information portent sur des hommes. Sur les 20% restants, les femmes sont cantonnées à un rôle féminin stéréotypé : mères, victimes ou représentantes de métiers très féminisés. Il est rare que les femmes soient montrées comme actrices de leur vie ou comme expertes. Or, les médias participent largement à la propagation des stéréotypes sexistes. Il est important d’interroger la nature de l’information qui nous est donnée et son impact sur nos représentations.

Avec l’association, on a d’abord essayé de sensibiliser les rédactions, mais ça n’a pas du tout fonctionné. Nous avons fini par décider de créer nous-mêmes un titre et surtout montrer et donner la parole à des femmes agissantes qui se battent contre l’oppression patriarcale. Elles peuvent avoir été victimes bien sûr à un moment donné, mais essaient de faire de ce vécu un combat pour que d’autres ne le vivent plus, comme les Africaines contre l’excision, ou bien montrer la lutte des paysannes brésiliennes sans-terre au Brésil.

Nous avons aussi une rubrique consacrée aux cheffes d’entreprises, aux militantes, mais aussi à des artistes, des scientifiques. Nous voulions informer de façon positive, donner de bonnes nouvelles sur les droits des femmes, tout en gardant l’« esprit » magazine, avec de belles photos.

Il y a un an, le magazine était menacé, comment se porte-t-il aujourd’hui ?

Il y a un an, nous voulions tout arrêter. C’était très dur, le nombre d’abonné-e-s stagnait. Nous n’arrivions plus à faire face aux frais d’édition, impossible de le diffuser en kiosque en dessous de 15-20 000 exemplaires, il fallait faire plus d’abonnements. Intitulé ‘‘Femmes en résistance’’, nous l’avons rebaptisé ‘‘Femmes ici et ailleurs’’ en 2014 et lancé une opération de sauvetage auprès des associations féministes, aux élu-e-s droits des femmes pour qu’elles le fassent connaître… Aujourd’hui, il est sauvé avec 2 000 abonné-e-s, mais c’est toujours sur le fil…

Si Aladin-e pouvait exaucer ton vœu le plus cher pour l’association en 2016, ce serait quoi ?

Continuer. Qu’un réseau de diffusion se mette en place, qu’on arrive à toucher un public toujours plus large et fidéliser nos abonné-e-s, et enfin qu’ils et elles comprennent que l’indépendance de la presse a un prix.

Propos recueillis par Julie