BMD sacrifiée, matrimoine en danger !

La nouvelle est tombée en juin : la mairie de Paris a décidé de diluer la seule et unique bibliothèque féministe de France, la bibliothèque Marguerite Durand, dans celle de la ville de Paris. Pour défendre le matrimoine collectif contre ce vandalisme institutionnel, la fronde des féministes s’organise. Mobilisons-nous !

La polémique a donc enflé au cœur de l’été, dans la presse et sur les réseaux sociaux, pour dénoncer le funeste projet de la mairie de Paris. Sous prétexte de vouloir créer un espace détente dans le but d’ouvrir le dimanche, la bibliothèque Marguerite Durand (ou BMD), qui occupe, actuellement, la mezzanine au-dessus de la médiathèque Jean-Pierre Melville, devra être relogée (et donc fusionnée) dans la Bibliothèque historique de la ville de Paris (ou BHVP) au printemps 2018.

Du mieux pour la bibliothèque, vraiment ?

C’est l’argument de la mairie de Paris. La BHVP, située dans le 4e arrondissement, étant plus centrale que le 13e arrondissement où se trouve actuellement la BMD, la bibliothèque féministe gagnerait ainsi en visibilité.

Au-delà de cet argument (massue, cela va sans dire), eh bien pas grand-chose.

Pas grand-chose car les contours du projet restent très flous : les archives ne risquent pas d’y être transférées car la BHVP est saturée et envoie même régulièrement au pilon certaines de ses ressources. Rien n’est dit non plus sur le sort qui sera réservé aux sept employé.e.s de la BMD (sachant, en plus, que les locaux qui leurs seraient dédiés dans la BHVP sont trop petits pour tou.te.s les accueillir). Enfin, le budget resterait le même… mais sans garantie dans le temps et, surtout, sans place pour réaliser de nouvelles acquisitions, sans salle de lecture propre pour lire les anciennes, il perd tout son sens et dénote un cruel manque d’ambition et de volonté politique.

Par contre, ce qui est sûr, c’est que cette fusion va plutôt invisibiliser, diluer la BMD malgré les dénégations de la mairie de Paris. Car, même si la BHVP dispose d’un fonds féministe, le fonds Marie-Louise Bouglé, elle est un centre d’archives généraliste et pas un lieu du matrimoine féministe.

La conservation des archives des femmes et du féminisme : un enjeu majeur du combat féministe !

Ce qui n’est pas le cas de la BMD. Ce lieu, exceptionnel en France, à la fois bibliothèque et centre d’archives, est uniquement dédié aux archives des femmes et du féminisme. Fondée par la journaliste Marguerite Durand (également créatrice du journal féministe La Fronde) à la suite de la donation de ses archives à la ville de Paris en 1931, la BMD est l’une des rares institutions du matrimoine français.

Une institution pourtant bien peu considérée par les acteurs politiques et étatiques. Car la nouvelle tombée en juin ne constitue qu’une énième gifle envoyée à l’adresse des militant.e.s qui œuvrent pour la conservation de la mémoire et de l’histoire des mouvements féministes et des femmes qui s’y sont impliquées.

En effet, cela fait des années que la bibliothèque est saturée et qu’une politique plus ambitieuse est demandée aux acteurs politiques en la matière. Mais, malgré des promesses multiples et renouvelées, rien n’est venu. Au point qu’en  2000, l’association Archives du féminisme est fondée. Sous son impulsion le Centre des Archives du féminisme est créé à Angers, il est perçu par ses conceptrices comme une émanation directe de la BMD (et contient aujourd’hui autant d’archives que la BMD). L’association s’implique aussi dans la collecte de dons pour éviter que des fonds d’archives ne s’évaporent dans la nature ou ne finissent par partir à l’étranger.

Cependant, le travail de l’association ne réussit pas à compenser l’absence totale d’implication de l’Etat comme de la mairie de Paris. Le problème de saturation reste donc entier et des fonds d’archives importants partent à l’étranger faute de place à la BMD (tel le fonds du Conseil international des femmes parti au Centre d’archives pour l’histoire des femmes de Bruxelles, lieu inédit autant par sa taille que par le soutien apporté par l’Etat belge à sa constitution).

L’actuel projet de la mairie de Paris est donc bien un véritable « scandale antiféministe » selon les mots de l’historienne du féminisme Christine Bard. Il ne s’agit plus seulement de délaisser la bibliothèque mais, carrément, de la couler !

La fronde féministe s’organise

Face à de telles attaques, les réactions ne se sont pas fait attendre. La campagne de presse de l’été a permis de commencer à mesurer les forces et, de manière inattendue, à pousser la mairie de Paris à un semblant de concertation.

Le 12 septembre, l’historienne Christine Bard et l’écrivaine Florence Montreynaud ont donc été reçues à l’Hôtel de ville par le conseiller de Bruno Julliard (premier adjoint chargé de la culture pour la maire de Paris, Anne Hidalgo) pour les bibliothèques. Pourtant, échec total, la mairie de Paris a utilisé, une fois de plus, les mêmes arguments éculés sans écouter ceux avancés par les opposant.e.s à la « disparition/transfert » de la bibliothèque.

“L’union sacrée” des féministes est donc de mise pour pouvoir, au moins, conserver le statu quo (autrement dit, garder la bibliothèque en l’état) et, au mieux, obtenir de la mairie (mais aussi de l’État, puisque l’égalité femmes-hommes est, paraît-il, la “grande cause nationale”) des locaux véritablement décents qui permettraient à la bibliothèque de devenir une référence en matière de conservation des archives des femmes et du féminisme en France, mais aussi à l’international (ce qui ne paraît pas aberrant pour une ville qui se veut mondiale comme Paris).

C’est pour cela que le Collectif de soutien « Sauvons la BMD ! », fondé le 12 septembre, réunit d’ores et déjà de nombreux syndicats (une intersyndicale prévoit d’ailleurs de se réunir très prochainement pour évoquer la question), des personnalités publiques (journalistes, historien.ne.s) mais aussi des associations favorisant les recherches de genre (comme Mnémosyne) ainsi que des associations féministes généralistes…

Osez le féminisme ! se joint donc à ce Collectif de soutien et invite à interpeller Anne Hidalgo et Bruno Julliard par une lettre ainsi qu’à se joindre à toutes les actions lancées par le collectif en cliquant sur le lien suivant : http://www.archivesdufeminisme.fr/actualites/sauvons-bibliotheque-marguerite-durand/

Face aux attaques du patriarcat contre le matrimoine, mobilisons-nous tou.te.s !

Claire Besné