Avortement : retour sur la mobilisation européenne

Le jeudi 28 septembre 2017 a eu lieu la journée mondiale pour le droit à l’avortement alors même que seulement 61 Etats dans le monde l’autorisent totalement. Osez le féminisme ! s’est donc impliqué au sein d’un collectif européen, pour la défense de ce droit fondamental des femmes.

Entre la loi sur le délit numérique d’entrave à l’IVG votée en février, la campagne d’affichage lancée dans le métro parisien par le mouvement anti-IVG, les Survivants, pendant la présidentielle ou encore la polémique, lors des obsèques de Simone Veil, autour de la récupération de son nom par ce même mouvement ; rien qu’en France, l’année 2017 aura remis sous les feux de l’actualité la lutte pour la défense du droit à l’avortement.

Un droit nécessaire pour les femmes, au fondement de la création d’OLF !

Lutte d’autant plus importante que ce droit figure au cœur des revendications féministes et participe de l’histoire d’OLF ! Selon Françoise Héritier, anthropologue féministe française, c’est la capacité d’engendrer qui est à la base de la « valence différentielle des sexes » et, donc, de la domination masculine. La réappropriation totale par les femmes de leur corps à travers ce droit remet donc en question le système patriarcal. La fondation d’OLF est directement liée à la défense de ce droit. C’est en réaction, en 2009, à un décret prévoyant des coupes budgétaires pour le Planning familial que la création d’une nouvelle structure militante est lancée.

Raphaëlle Rémy-Leleu, lors de la mobilisation Place de la République

Le droit à l’IVG : un droit fragile quand il n’est pas inexistant.

Un droit attaqué donc en France mais aussi menacé à l’échelle européenne et qui reste encore très minoritaire dans le reste du monde. Si en France, ce droit est toujours contesté, quarante-deux ans après la loi Veil, et trop souvent mal appliqué (selon le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, 130 établissements pratiquant l’IVG ont fermé ces dix dernières années, renforçant ainsi un peu plus les délais d’attente et les inégalités territoriales), la situation dans le reste de l’Europe est souvent bien plus alarmante. Entre l’interdiction pure et simple en Irlande (où le droit à la vie de l’enfant à naître est inscrit dans la Constitution) et l’Italie où il est autorisé en droit mais où les gynécologues, dans les faits, se réfugient derrière une clause de conscience, le tableau n’est guère réjouissant. D’autant plus quand des pays dans lesquels ce droit a été autorisé sans restriction, cherchent à légiférer pour le contraindre toujours plus. Pensons à l’Espagne où le gouvernement conservateur a cherché, en 2014, à le limiter aux seuls cas de viol ou de danger pour la vie de la mère. En Pologne, ce droit avait déjà connu de fortes restrictions en 1993, mais l’an dernier, le gouvernement a voulu durcir encore plus ses conditions d’accès au seul cas de danger immédiat pour la vie de la mère. Cette situation nécessite donc une mobilisation à l’échelle européenne, à l’heure où elle peut passer pour paradisiaque au regard du reste du monde. Seules 39,5% des femmes dans le monde disposent, en effet, librement de ce droit. Et, dans certains pays, comme le Salvador, une femme ayant pratiqué un avortement clandestin risque quarante ans de prison. La lutte pour défendre ce droit reste au cœur du combat féministe. OLF ! a donc appelé à une mobilisation massive le 28 septembre autour du mot d’ordre, partagé avec un collectif d’associations à l’échelle européenne, « Avortement en Europe, les femmes décident ». Pour plus d’informations à ce sujet et pour signer la pétition, rendez-vous sur : http://avortementeu-rope.org/

Claire Besné