Marie-Josèphe Bonnet, historienne et militante féministe

Marie-Josèphe Bonnet est historienne, écrivaine et militante féministe spécialiste de l’homosexualité féminine. Dans les années 1970, elle a participé au Mouvement de libération des femmes (MLF), à la fondation du Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR) et des Gouines rouges.

Comme d’autres féministes de sa génération, Marie-Josèphe Bonnet exprime son profond désaccord devant les orientations récentes du mouvement homosexuel (mariage pour toutes, PMA et surtout GPA,) qui a, selon elle, abandonné son projet initial d’émancipation collective.

Quelle est l’histoire de l’amour entre femmes ?

Cette histoire commence avec Sappho, poétesse du désir au 6e siècle avant JC, qui a exprimé une parole tellement forte qu’elle a traversé des siècles de patriarcat… Le statut des lesbiennes est lié à celui à des femmes et non celui des hommes, ce qui s’explique par le fait qu’elles sont socialement des femmes, et donc invisibilisée lorsqu’elles vivent « sans homme ».

L’histoire de la répression du désir de la femme pour la femme a plusieurs facettes, selon qu’il se vivent au sein des classes dominantes, dans la paysannerie ou dans le prolétariat urbain. Elle varie aussi selon les siècles. Au XVIe siècle, les paysannes qui s’habillent en homme et se marient entre elles sont condamnées à mort.

Mais au XVIIIe, le libertinage porte un nouveau regard sur la sexualité tandis que les philosophes des lumières développent une forme de tolérance pour les relations « non-naturelles » comme ils les appellent.

Lors de la révolution française, si les « crimes contre-nature » ont été retirés de la loi sur les crimes sexuels, les révolutionnaires ont « accusé » Marie-Antoinette et la duchesse de Polignac d’êtres lesbiennes, débouchant avec le Code Civil de Napoléon par la mise sous tutelle de toutes les femmes.

Dans les années 1920, les femmes ont commencé à prendre leur indépendance grâce au travail et au développement des droits des femmes, mais la décennie réellement déterminante a été celle des années 1970. L’alliance entre homosexuelles et hétérosexuelles a créé un mouvement radical qui a obtenu de nombreuses avancées sur le terrain de la liberté sexuelle des femmes et celui d’un statut social plus égalitaire.

Que pensez-vous des revendications des lesbiennes actuelles ?

Je trouve qu’il y a une grande régression à la fois philosophique et politique. Le mouvement homosexuel ne souhaite plus changer la société mais s’intégrer, quel que soit le prix à payer (le « mariage pour tous » par exemple). On assiste à un désir de normalisation comme s’il n’y avait plus d’alternative au modèle hétérosexuel patriarcal de l’égalité. Car on s’aperçoit qu’il est plus facile d’établir l’égalité entre les sexualités qu’entre les sexes.

Propos recueillis par Lucie