Madeleine Pelletier, la santé des femmes à cœur

Née à Paris en 1874 et décédée en 1939 à l’asile de Perray-Vaucluse à Epinay-sur-Orge, Madeleine Pelletier a cherché, tout au long de sa vie, à transformer radicalement la société, notamment en soignant les femmes.

« Tout cela me décourage, l’émancipation de la femme ne viendra donc jamais. Autrefois, mes allures d’affranchie ne me valaient que des lazzi des voyous, maintenant, on m’arrête parce que je n’ai pas l’air d’une asservie, comme les autres femmes, évidemment, je suis née plusieurs siècles trop tôt. » Ces mots de Madeleine Pelletier illustrent tout autant la réalité de sa vie (elle portait les cheveux en brosse et le costume masculin) que la singularité de ses idées politiques et de la place qu’elle a dans les mouvements contestataires, et notamment dans le mouvement féministe français de la première moitié du XXe siècle.

Féministe radicale avant l’heure, elle est de tous les combats qu’ils soient socialistes, communistes et, bien sûr, féministes. Avec, également, toujours à cœur la santé des femmes, perçue par elle comme un élément fondamental de l’émancipation.

 

Une pionnière de la médecine

Issue d’un milieu modeste, elle obtient son baccalauréat en candidate libre en 1897. Elle entame alors des études de médecine.

Au départ intéressée par l’anthropologie, elle s’en éloigne car elle est en désaccord avec les théories qui lient taille du cerveau et intelligence, au détriment des femmes.

Elle se tourne alors vers la psychiatrie où elle cherche, dans sa pratique, à développer l’écoute des soigné.e.s. Elle obtient sa thèse en 1903 mais ne peut se présenter au concours de l’internat des asiles en raison de son sexe puisque le concours est réservé aux personnes jouissant de droits politiques : les hommes.

Révoltée, elle organise une campagne de presse, soutenue par le journal féministe La Fronde (fondé par Marguerite Durand), pour dénoncer cette règle inique. Son action est couronnée de succès puisqu’en 1906, elle devient la première femme médecin française diplômée en psychiatrie.

 

Des positions avant-gardistes sur le corps des femmes

Cela marque le début de son combat féministe. Elle participe ainsi activement à la lutte pour les droits politiques et fonde, en 1907, le mensuel La Suffragiste qui existera jusqu’en 1914.

En outre, elle publie, durant cette période d’avant-guerre, trois livres sur la psychologie sociale et sexuelle. Le premier chapitre de La Femme en lutte pour ses droits (1908) est intitulé : « Les facteurs sociologiques de la psychologie féminine », bien avant Simone de Beauvoir, elle théorise donc le principe « on ne naît pas femme, on le devient » en développant l’idée que la femme est « formée dès l’enfance » pour être « une esclave, une servante à tout faire ».

Pour remédier à cela, elle pense que « la femme » doit être considérée comme « un individu avant d’être un sexe » et donc qu’elle ne doit plus être asservie à la maternité.

Elle publie ainsi, en 1911, Le Droit à l’avortement et se montre même favorable à la suppression de l’institution familiale. Médecin, elle pratique des avortements et est d’ailleurs dénoncée pour cela en 1939.

 

Une personnalité à part dans les milieux féministes et politiques qu’elle fréquente

Son féminisme intransigeant, qui ne supporte aucun confinement dans la féminité, catégorie d’oppression pour elle, la pousse à revêtir le costume masculin et à mépriser celles qu’elle appelle « les féministes en décolleté ».

Ses prises de positions avant-gardistes font donc d’elle une personnalité à part du début du XXe siècle. Elle est aussi par conséquent mise à l’écart, tant par la sphère féministe que par la sphère socialiste où elle chercher à militer en faisant oublier son sexe.

De fait, elle est à part car c’est une pionnière des luttes féministes, autant dans les actions menées que dans les réflexions développées. Madeleine Pelletier fait donc, à ce titre, pleinement partie de notre matrimoine féministe.

 

Claire Besné

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