Les fresques à l’hôpital ou l’art du sexisme dans la médecine

Le mur de la salle de garde de l’hôpital de Clermont-Ferrand est désormais blanc. La fresque qui l’ornait depuis quinze ans, représentant Wonder Woman violée par quatre super-héros, a été recouverte suite à l’action d’Osez le Féminisme !

Les fresques sont nées à une époque où les hôpitaux étaient le lieu de vie des futurs médecins : ils y dormaient et y passaient le plus clair de leur temps. Décorer l’hôpital partait de l’intention louable de s’approprier les lieux. Les premières fresques, du XIXème siècle, représentaient les valeurs de la médecine et n’avaient rien de sexuel.

A partir des années 1960, elles prennent une dimension plus politique : l’autorité (médecins chefs, mais aussi figures politiques et historiques) est caricaturée et moquée dans des situations grotesques et canarvalesques. Mais progressivement, les situations deviennent de plus en plus sexuelles, jusqu’à représentées des scènes ouvertement pornographiques. La salle de garde de l’hôpital Bichat à Paris dépeint ainsi une parodie du sacre de Napoléon, où Joséphine lui fait une fellation, sous les traits de médecins de l’époque.

Certains se défendent en invoquant la nécessité de la dérision et d’un exutoire pour faire face à la difficulté du milieu, ce qu’ils appellent l’esprit carabin. Pourtant, on ne tolérerait jamais de dessins pédophiles ou racistes sur un mur d’hôpital. Pourquoi accepter des illustrations sur lesquelles les femmes sont soumises, réifiées et même violées ? Les fresques pornographiques sont le reflet d’une culture sexiste, et c’est d’autant plus grave que la médecine est un univers où les femmes sont très souvent en infériorité hiérarchique.

Ces fresques, comme les chansons paillardes et les pratiques de bizutage d’autres milieux, portent aux nues la virilité, reléguant les femmes au rang d’objets sexuels. Or, celles-ci sont de plus en plus nombreuses dans le secteur médical. Ces images sexuelles qui leur sont imposées peuvent être vécues comme de véritables violences, de même que pour les «visiteurs» occasionnels des salles de garde, comme les soignant-e-s non médecins, le personnel d’entretien, etc.

Ces fresques participent donc à véhiculer la culture des violences machistes. Le dire, c’est refuser le distinguo social entre une pornographie sinistre, réservée aux pauvres, et une « culture » pornographique d’élite, propre aux médecins, et supposément plus acceptable. Derrière l’idéologie sexiste se camoufle une domination sociale, tout aussi inacceptable.

Marie et Gaëtan


Petite histoire des femmes et de la médecine de l’Antiquité au XIXe siècle :

– Egypte Antique : 2700 av JC Méryt Ptah et 2500 av JC Peeseshet , première femme médecin connu au monde, 2500 av. JC
– Grèce Antique : Agnodice, première femme médecin à pratiquer légalement la médecine, déguisée en homme, 350 av JC, – Italie (plus libérale que le reste de l’Europe à l’époque) : la profession devient accessible au femmes au XIe s.

– France : 1250 Magistra Hersent, chirurgienne royale accompagne Louis IX à la 7eme croisade. 1270 : la pratique de la médecine est limitée aux hommes non mariés

1322 : procès de Jacqueline Felice de Almania pour exercice illégale de la médecine

XIVe au XIXe s. on interdit les femmes d’exercer la médecine

1868 : on autorise les jeunes filles à étudier la médecine

1875 : Madeleine de Bres : Première femme française docteur en médecine (à cette époque, les femmes ont besoin du consentement du mari pour obtenir leur diplôme, les femmes mariées étant jugées irresponsables juridiquement pour le droit français…)


Agressions sexuelles sur des patientes : l’omerta du milieu médical ?

Le Dr André Hazout accusé en février 2014 de multiples viols et agressions sexuelles, le Dr Kurt Froehlich d’agressions sexuelles en février 2015 (USA), deux gynécologues accusés d’agressions sexuelles à Grenoble et Alès…
Les violences sexuelles dans le monde médical existent et se maintiennent : des sollicitations sexistes verbales aux viols. Le nombre des témoignages montre qu’il ne s’agit nullement de cas isolés ; ainsi selon une étude parue aux Etats-Unis, le nombre de médecins ayant reçus une sanction disciplinaire pour agression sexuelle est passée de 42 en 1989, à 143 en 1997. On notera l’absence de données chiffrées pour la France … Ces crimes existent par un rapport de hiérarchie et d’autorité : entre praticiens et patientes. Ces violences et leur nombre non négligeables soulèvent la loi du silence, et la passivité complice du conseil de l’Ordre des médecins. Dans le cas du Dr Hazout, l’Ordre a éxprimé de simples mises en garde alors qu’il avait reçu un grand nombre de doléances. Cette passivité complice de cette instance médicale décisionnelle démontre que tout le système juridique et patriarcal accepte ces violences. Ces actes doivent être condamnés. L’accès à l’intimité physique d’une patiente ne doit pas conduire à de telles agressions !

Gaëtan