Le 8 mars et après ?

La Journée internationale des droits des femmes trouve son origine il y a 108 ans, en août 1910, lors de la conférence internationale des femmes socialistes à Copenhague : Clara Zetkin, militante allemande, propose de célébrer la “Journée des femmes”. La date du 8 mars n’est pas encore avancée, mais le principe est admis : mobiliser les femmes « en accord avec les organisations politiques et syndicales du prolétariat dotées de la conscience de classe » indique l’historienne Françoise Picq.

C’est en Russie que le mouvement pour la Journée des femmes va (re)naître : des manifestations d’ouvrières ont lieu le 8 mars 1917 à Petrograd (l’actuel Saint-Pétersbourg), date alors désignée par les bolcheviques comme le premier jour de la révolution russe. Dès lors, le 8 mars sera l’occasion pour les femmes de se mobiliser au sein des partis communistes.

Les Nations Unies officialisent la journée en 1977, invitant tous les pays à la célébrer en faveur des droits des femmes. Partout dans le monde, les féministes se mobilisent, s’organisent, pour faire de cette journée un marqueur déterminant dans le combat pour l’égalité.

En France, dans le cadre de la mobilisation 8 mars 15h40, heure à laquelle les femmes cessent chaque jour d’être payées par rapport aux hommes, de nombreuses actions ont été mises en place pour défendre l’égalité salariale et exiger la fin des violences sexuelles et sexistes au travail. Plus largement, plusieurs événements, ont été organisés en mars pour rappeler la transversalité de notre lutte, et porter nos revendications dans tous les domaines. Celui de la culture par exemple, dont l’actualité de ces derniers mois nous permet d’enfoncer une porte en réalité déjà ouverte dans l’analyse féministe. Ainsi, en 2010, OLF dans son journal dédiait un dossier à la culture, et dénonçait les inégalités et les représentations misogynes profondément ancrées dans les milieux artistiques. Aujourd’hui encore, nous restons mobilisé.e.s notamment contre les artistes criminels célébrés, comme cela a été le cas contre Polanski fin 2017, et appelons à partir en tournée pour interpeller le public qui va applaudir Bertrand Cantat, assassin de Marie Trintignant, partout en France jusqu’au 30 mai.

Le 8 mars nous permet donc d’occuper, pour une fois dans l’année, un espace qui nous est trop souvent spolié, pour faire entendre nos voix. Au-delà des discours politiques vides d’actions, il nous est important de récupérer le 8 mars pour nous, féministes. Les politiques ont toute l’année pour agir et ne le font pas : la grande cause du quinquennat, dixit l’égalité femmes-hommes, est restée à l’état d’annonce. Pour sortir de la communication et de l’incantatoire, et enfin rentrer dans le concret et l’amélioration réelle de nos conditions de vie, nous avons besoin de nous retrouver entre nous, de lutter collectivement. Nous ne sommes jamais seules avec notre vécu et nos volontés d’agir. Ensemble nous trouvons des moyens d’émancipation et de cultiver la bienveillance et la sororité, socles de la mise en pratique du féminisme.

Raphaëlle Rémy-Leleu et Pauline Spinazze