La Coupe du Monde au masculin

Cette année, comme tous les 4 ans, vous n’avez pu y échapper. À l’ouverture du JT, à la une des quotidiens, sur votre bouteille de soda préféré, sur les images offertes dans votre boîte de Corn flakes, on vous l’a annoncée : la Coupe du Monde au Brésil commence le 12 juin 2014.

Or, rappelons-le, « la Coupe du Monde » n’est en fait que la Coupe du Monde masculine. Quant au championnat féminin équivalent, rares sont ceux et celles qui peuvent dire qu’il aura lieu au Canada, du 6 juin au 5 juillet 2015. Ou que l’équipe française a terminé 4ème en 2011 en Allemagne, alors que leurs homologues masculins perdaient au premier tour en Afrique du Sud.

Vous ne le saviez pas ? Cela n’a rien d’étonnant quand on sait que la Coupe du Monde masculine brasse environ 20 milliards d’euros contre 50 millions d’euros pour la coupe du monde féminine. Ou que seules 7% des retransmissions sportives à la télévision, tous sports confondus, sont féminines.

Au-delà de cette inégalité en matière de traitement médiatique et d’intérêt commercial, c’est globalement le football tel qu’on le connaît aujourd’hui qui assigne les femmes et les hommes à des rôles sociaux préétablis. A ce sujet, les propos de Bernard Lacombe, ancien footballeur professionnel et actuel conseiller du président de l’OL, sur RMC le 25 mars 2013, sont révélateurs. A une auditrice un peu trop experte qui osait critiquer le comportement de Karim Benzema, il a rétorqué « je ne parle pas de foot avec les femmes (…), qu’elles s’occupent de leurs casseroles et ça ira beaucoup mieux ». Le tout, sous les rires intelligents des animateurs de l’émission. Question suivante.

Le football est un symbole du sexisme et nous renvoie à des rituels bien ancrés: les «soirées match» entre copains à la maison, entre collègues dans un bar ou entre un papa et son fiston au stade. Les sponsors l’ont bien compris et surfent sur le « marketing viril » : bières, pizzas, voitures… c’est toute l’originalité dont ils ont pu faire preuve pour la mi-temps télévisée. En février dernier, Adidas, sponsor officiel, a créé un tollé en éditant des t-shirts aux logos jugés trop sexistes et incitant au tourisme sexuel. La marque a dû retirer de la vente les articles incriminés.

La FIFA n’est pas en reste : avec son calendrier de la Coupe du Monde digne d’un numéro de Playboy photoshopé à la hache, elle renforce ainsi l’idée que foot = gros beaufs. Au-delà du fait que ce calendrier réussit à nous impressionner sur les prouesses acrobatiques qu’un corps de femme aux formes improbables peut accomplir grâce à quelques clics, il porte à nouveau atteinte à l’image des footballeuses, professionnelles ou amateures, qui peinent à être prises au sérieux. Ramenées sans cesse à leur physique – « peut-on être sportive de haut niveau ET féminine ? » et à leur vie de famille en dehors des stades – « pas trop difficile de concilier les deux ? », les footballeuses tout particulièrement, et les sportives en général, sont perçues comme étant des femmes avant tout.

Margaux et Sarah


Grands vainqueurs : les proxénètes

Pourtant, des femmes concernées par l’ouverture du championnat au Brésil, il y en a. Alors que 600 000 supporters sont attendus et que plus de 3 millions de Brésiliens devraient se déplacer à travers le pays, on estime que plus de 20% des supporters se prêteront au tourisme sexuel et que le marché de la prostitution devrait augmenter de 60% pendant le mondial. Plusieurs campagnes de prévention et de sensibilisation ont été lancées à quelques mois du début du mondial. Le gouvernement s’est également engagé à lutter contre la prostitution des mineur-e-s, une nouvelle loi en faisant un crime grave. Mais elle n’est pas appliquée partout, notamment dans des zones lointaines comme l’Amazonie, et la loi du silence continue à prévaloir.