Jusqu’à la garde : un film qui dénonce clairement les violences masculines

Jusqu’à la garde, c’est un drame familial qui se transforme en thriller et se termine en film d’horreur. Attention : film présentant des scènes violentes.

Synopsis

Le film s’ouvre sur une situation banale : un couple qui se sépare, un désaccord des parents sur la garde de l’enfant. Lors de l’audience avec la juge aux affaires familiales, la mère accuse le père d’être violent avec leur garçon de 11 ans. Elle demande à couper tout lien avec lui, pour protéger son fils. Malgré la demande de l’enfant de ne plus voir son père, la juge hésite. Le père, Antoine, apparemment bien sous tous rapports, accable la mère, Miriam, une manipulatrice prête à tout pour ruiner la vie de son ex-mari. La décision tombe : la garde de Julien sera partagée. Commence alors une descente aux enfers pour Miriam et Julien, que la justice a échoué à mettre à l’abri des violences masculines.

Un film récompensé lors de la 44e Cérémonie des Césars

Jusqu’à la garde a reçu trois Césars le 22 février 2019 : le César du meilleur film, celui du meilleur scénario original et celui de la meilleure actrice pour Léa Drucker. Cette dernière a rendu hommage, dans son discours de remerciement, aux 154 000 femmes victimes de violences physiques par leur conjoint ou ex-conjoint chaque année, et au travail mené au quotidien par les associations féministes pour dénoncer ces violences et apporter de l’aide aux victimes. Il aurait également pu être question du fait qu’au moins 20 % des enfants sont maltraités, mais les luttes contre les violences masculines faites aux femmes et celles faites aux enfants sont trop souvent dissociées.

Dénonciation des stratégies masculinistes, empathie avec les victimes, sororité : de multiples échos aux combats féministes

Ce qui est fort avec ce film, c’est qu’il nous fait ressentir la peur sourde des victimes de violences masculines, puis la terreur panique lorsqu’il apparaît que le père est prêt à tout pour venger l’affront que constitue pour lui toute tentative de se soustraire à sa violence. Jusqu’à la garde, c’est un film qui nous met en empathie, non avec un homme violent – comme c’est souvent le cas dans l’industrie du divertissement, mais avec une femme et un enfant victimes. Le film dénonce clairement les violences masculines, la difficulté des victimes à trouver de l’aide auprès des institutions. Il met en lumière la stratégie des agresseurs pour discréditer leurs victimes, leur couper toute voie de sortie, en utilisant des techniques de manipulation extrêmement rodées.

Le comportement d’Antoine renvoie à la stratégie masculiniste qui consiste à demander la garde d’un enfant pour pouvoir mettre sous contrôle la mère et poursuivre l’exercice de la violence au sein de la cellule familiale. Le mouvement masculiniste repose sur l’idée que les femmes seraient favorisées dans la société actuelle, en particulier par la justice, et que les hommes devraient défendre leurs droits en réaffirmant leur virilité et en combattant systématiquement les avancées féministes. Les militants de ce mouvement ont beaucoup investi la sphère familiale, puisque leur vision du monde repose sur la figure du père protecteur, le chef de famille. Ainsi, des pères n’ayant pas obtenu la garde de leur enfant du fait de violences (physiques, sexuelles…) sur leur ex-compagne ou leur enfant n’hésitent pas à monter sur des grues pour obtenir la garde partagée, arguant du fait que les jugent accordent beaucoup plus souvent la garde exclusive à la mère qu’au père en cas de divorce, et plus rarement la garde alternée. Rappelons que dans la très grande majorité des cas, cette organisation fait l’objet d’un accord entre les deux parents, et que nombre de femmes seraient ravies que leur conjoint mette autant d’énergie à assurer les soins quotidiens des enfants ou à payer leur pension alimentaire qu’à combattre cette prétendue injustice.

Alors que faire face à ces stratégies ? Le film suggère une piste qui n’est pas pour nous déplaire. Dans la scène finale, d’une grande puissance émotionnelle, le film célèbre la sororité à travers la figure d’une voisine âgée, qui sauve la vie de Miriam et Julien en prévenant la police qu’un assassinat est sur le point de se produire. Un échange de regards nous laisse à penser qu’elle pourrait bien avoir connu une situation similaire par le passé. Quand est-ce que les violences masculines, perpétrées générations après générations dans une quasi impunité, cesseront enfin ?

 

Anaïs LM, 16/03/2019