Femmes et syndicats

Le 1er mai dernier, journée internationale de lutte pour les travailleurs et travailleuses, les syndicats ont défilé pour faire part de leurs revendications : salaires, emploi, conditions de travail… Mais quelle place occupe réellement le combat pour l’égalité professionnelle dans ces syndicats ? Quelle est la proportion des femmes parmi les représentant-e-s des salarié-e-s ? Enfin comment la question de l’égalité professionnelle a-t-elle été portée au fil du temps ?

Le combat pour l’égalité professionnelle est né pratiquement en même temps que les syndicats mais leur trajectoire commune aura tardé à venir !

Les syndicats sont légalisés en 1884 par la loi dite Waldeck-Rousseau (ministre de l’Intérieur de l’époque). On comptait alors environ 2 millions de femmes ouvrières en France, travaillant dans des conditions très dures pour une paye dérisoire. Face à cette concurrence qu’ils jugent déloyale, les syndicalistes ouvriers de l’époque considèrent que la place de la femme est à la maison.

Les femmes ont donc d’abord été vues par les syndicats comme empêchant de gagner un salaire décent en cassant le prix du travail. Il ne s’agissait pas alors de revendiquer une égalité salariale en procédant à des rattrapages mais de constater que le nivellement risquait de se faire par le bas.

Pourtant, dès 1871, des femmes comme Elisabeth Dimitrieff (représentante du conseil général de l’international) et Nathalie Lemel (élue déléguée syndicale dès 1864) réclament l’égalité salariale pour les femmes parmi d’autres revendications poli- tiques en leur faveur.

Quelques années plus tard, Hubertine Auclert proclamait : « Qui dit droit, dit responsabilité, la femme doit travailler, n’étant pas moins tenue de produire que l’homme, vu qu’elle consomme… qu’il y ait pour les deux sexes même facilité de production, et application rigoureuse de cette formule économique : à production égale, salaire égal ».

Il faut attendre près de 100 ans pour que cette revendication trouve une réponse avec la loi du 22 décembre 1972, qui pose le principe de l’égalité de rémunération « pour un même travail ou un travail de valeur égale ». Pour ce qui est de passer d’une égalité formelle à une égalité réelle, on attend toujours : les femmes gagnent encore 27% de moins que les hommes !

Si les syndicats prônent désormais l’égalité professionnelle (la loi étant passée par là), elle reste encore trop souvent mise au second plan sous prétexte que l’emploi ou le salaire est la priorité.

Part des femmes dans les syndicats

Part des femmes dans les syndicats

Mais n’est-ce pas le fruit d’une sous-représentation des femmes dans les syndicats et de préjugés reproduits à l’intérieur de ces structures ? Aujourd’hui, certains syndicats ont inscrit la parité dans leurs instances nationales, d’autres peinent encore à y arriver.

Le plafond de verre existe aussi dans ce monde en perte de vitesse. L’exploit de Nicole Notat, à la tête de la CFDT pendant 10 ans de 1992 à 2002, n’a pas été réédité à ce jour.

Mathieu