Ecriture inclusive : histoire, mode d’emploi et conseils de pro

Au cœur de nombreux débats ces dernières semaines, l’écriture inclusive séduit certaines rédactions et en inquiète beaucoup d’autres. Pourtant, elle n’est pas  effrayante. L’agence de communication « Mots clés » en propose d’ailleurs une définition très simple : « ensemble d’attentions graphiques et syntaxiques permettant d’assurer une égalité de représentation entre les femmes et les hommes ».

C’est au XVIIème siècle que l’idée de désigner les femmes par des noms communs masculins, apparaît. Ces nouvelles règles sexistes, ont pour objectif d’effacer, par le langage, la présence des femmes dans certains domaines. Seules les professions dites « supérieures », celles des personnes lettrées, sont touchées par ce bouleversement grammatical. Ainsi, les académiciens décident que le mot « directrice » n’a plus lieu d’être et recommande l’utilisation de son corollaire masculin. En revanche, les noms communs désignant des professions moins bien reconnues continuent de s’accorder au féminin. Le mot « la boulangère » continue d’exister alors que « la présidente » a disparu. Adieu « philosophesse » et « professeuse », bonjour à « Madame le président ». Eliane Viennot, professeure de littérature et autrice du livre

Non le masculin ne l’emporte pas sur le féminin

, rappelle que « le masculin générique n’existe pas, il n’y a que deux genres dans la langue française, comme dans les autres langues latines ». Le masculin ne peut donc pas être considéré comme neutre. Alors, puisque cette règle n’est pas naturelle à la langue française, pourquoi la conserver ?

Les règles de base à avoir en tête

On a beaucoup parlé du point médian dans la presse, notamment suite à une caricature dégradante du Monde des Idées, reprenant le titre d’une fable de La Fontaine pour y insérer de nombreux points médians et rendre la lecture impossible. L’idée de l’écriture inclusive c’est qu’il est préférable, lorsque les radicaux masculins et féminins sont les mêmes, de marquer la pluralité par un léger point médian. On écrira donc « les professeur.es » plutôt que « les professeures et les professeurs ».

Mais, l’écriture inclusive ce n’est pas que le point médian. C’est aussi l’utilisation d’un vocabulaire épicène (des mots non marqués du point de vue du genre grammatical, qui peuvent être employés au féminin comme au masculin). Les mots englobants permettent de n’oublier personne, ainsi on dira « la population française » plutôt que « les Français.es ». Enfin, comme la règle de la prédominance du masculin sur le féminin est totalement caduque, on utilisera l’accord de proximité, en usage dans la langue française jusqu’au XVIIème siècle. « Les hommes et les femmes sont belles », est donc une phrase correcte, d’un point de vue égalitariste mais aussi du point de vue de l’histoire de la langue.

Mais, au quotidien, comment ça marche ?

Deux paragraphes complets de nouvelles règles grammaticales ? « Très peu pour moi », me direz-vous. Pourtant bon nombre de journalistes se sont déjà mis.es à l’écriture inclusive, sans rencontrer de grandes difficultés. Pour Clémence Bodoc, rédactrice en chef de MadmoiZelle : « l’écriture inclusive, c’est juste une démarche de rigueur journalistique. Aux internautes hargneux qui nous critiquent j’ai envie de répondre: eh les gars, ça fait 5 ans qu’on utilise l’écriture inclusive et vous n’avez rien remarqué!  » Pour Marie Kirschen, rédactrice en chef de la revue Well, Well, Well, il suffit de parler davantage des femmes dans les articles pour ne pas rencontrer de problèmes d’accords !

 

Ndlr : propos recueillis lors de la conférence « Les médias sont-ils prêts pour l’écriture inclusive ? », organisée par Prenons la une, le 9 novembre 2017.

Claire Jeantils