#VIOLENCES : PlayBoy, ou l’arnaque de la libération sexuelle

Hugh Hefner, fondateur et PDG du magazine Playboy, est décédé le 27 septembre dernier, à 91 ans. Certaines nécrologies célébraient son pseudo soutien au féminisme. Décryptage d’une imposture sur papier glacé.

Le fondateur de Playboy, Hugh Hefner, n’aurait pas su mieux choisir sa place au cimetière. Le vieux « playboy », décédé fin septembre dernier, a troqué 75.000$ contre un emplacement à côté de Marilyn Monroe dans un cimetière de Los Angeles. Bel hommage à l’actrice sur laquelle il a fondé son empire pornographique en publiant, sans son accord, ses nus dans la première édition de son magazine, en 1953.

« Entertainment for men », c’est le sous- titre du magazine à ses débuts. Traduire : « divertissement pour les hommes ». Le message est clair, ce magazine s’adresse à l’œil aiguisé de l’homme pervers. Avec Hugh Hefner, les injonctions changent : on passe de l’obligation puritaine de se couvrir et de cacher sa sexualité, à l’impératif d’être sexuellement hyperactive, prête à satisfaire les moindres désirs des hommes. Sous couvert de libération sexuelle, les femmes doivent donc coller à une nouvelle étiquette hypersexualisée dans un seul but : plaire au regard des hommes, susciter leur excitation.

Dans les années 1970, Hugh Hefner se fait grand défenseur du droit à la contracep- tion et de la légalisation de l’avortement. La main sur le cœur, il finance même la partie pro-avortement dans le procès Roe v. Wade, en 1973, qui aboutit à la reconnaissance de l’avortement comme un droit constitutionnel aux États-Unis. Mais il ne faut pas se méprendre, Hefner milite pour sa pomme. Il pense affranchir les hommes de leur responsabilité en cas de grossesse non désirée. Pour ce pervers, ces avancées sont des opportunités pour forcer des femmes à avoir des relations sexuelles avec lui, pour les agresser, pour les violer.

Située à Chicago, la Playboy Mansion (Manoir Playboy) accueillait Hugh Hefner et plusieurs femmes, sélectionnées pour leur apparence. Les règles sont strictes : couvre- feu à 21h, impossible de ramener des invi- tés et demander une permission pour sortir seule. Ancienne résidente du Manoir et ancienne petite-amie de Hefner, Holly Madison témoigne dans ses mémoires Down The Rabbit Hole (Dans le terrier du lapin) de l’op- pression manipulatrice de Hefner. Il s’amusait à changer brusquement son opinion sur les différentes résidentes pour les déstabiliser et à les monter les unes contre les autres pour casser dans l’œuf tout espoir d’entraide sororale. La violence ne s’arrête pas là. Holly Madison et d’autres anciennes résidentes du Manoir Playboy affirment que l’agresseur en pantoufle les forçait à avoir des relations sexuelles non protégées avec lui deux fois par semaine. Il prévoyait également de nombreuses orgies auxquelles les résidentes étaient obligées de participer, sans quoi il les réprimandait au moment de leur donner leur salaire. Holly Madison mentionne aussi la drogue que le pervers au lapin blanc leur proposait régulièrement : le « Quaalude », qu’il décrivait avec légèreté comme des « ouvre-cuisses ». Cette drogue lui permettait de réduire la résistance de ses victimes en augmentant artificiellement leur désir sexuel. Il l’utilisait en plus de son argent et de son pouvoir pour harceler et agresser sexuelle- ment, voire violer des femmes.

L’imposture de cet agresseur caché derrière le mouvement de libération sexuelle se lit dans sa description de « la femme idéale » : « une jeune femme, en bonne santé, heureuse, simple – pas difficile ». En clair, une femme qui accepterait d’être agressée ou harcelée sexuellement.

Clémentine Sabrié