Sous le consentement, la contrainte

Il est étonnant que lorsqu’on parle de sexualité des femmes, on utilise soudainement un langage juridique : le consentement. Parler de consentement c’est donc traiter la sexualité comme un contrat, un contrat caduque car inégal. On ne parle de consentement que pour les femmes. Or, la forme contractuelle suppose deux individus libres et égaux. Leur volonté est autonome et c’est par l’échange d’un consentement éclairé qu’ils valident le contrat. « L’hypothèse [sexiste] est que les femmes peuvent être inégales aux hommes économiquement, socialement, culturellement, politiquement et dans la religion, mais au moment où ils ont des interactions sexuelles, ils sont libres et égaux. »

« Quand vous dites qu’un homme qui frappe, gifle, étouffe, et blesse une femme a tort seulement parce qu’elle n’a pas « consenti », vous dites que le seul problème de la violence masculine est que les femmes n’ont pas encore appris à l’apprécier. » Catharine MacKinnon

Dans la loi, le consentement de la victime est sans incidence sur la qualification des crimes (viol, meurtre, torture et actes de barbarie). Au plan pénal, ce sont les actes de l’agresseur qui sont jugés. Pour le viol, il y a 4 éléments : la surprise, la contrainte, la menace et l’usage de la violence. Mais le viol a ceci d’unique entre tous les crimes, c’est que lors des procès il est essentiellement question du consentement de la victime, cette notion n’étant même pas inscrite dans la loi. Le consentement sert donc à blanchir le viol, crime sexiste majeur, en le traitant comme de la sexualité, non comme une violence. De plus, le droit français reconnaît que les vices de consentement (violences, pressions, menaces, etc.) annulent le consentement, même si la victime a dit qu’elle était d’accord. Or, les vices de consentement sont systématiquement ignorés en matière de violences sexuelles.

La sexualité dans notre société patriarcale est androcentrée. Le déroulement du rapport sexuel est basé sur des « préliminaires » qui n’ont pour but que de permettre la pénétration qui s’en suit. Le rapport sexuel se termine par l’éjaculation. La norme de la sexualité hétérosexuelle exclut la sexualité féminine qui est clitoridienne. Quand cette société nous apprend que la sexualité n’englobe que le plaisir de l’homme et que l’on fait de la sexualité des femmes une sexualité de service, à quoi dit-on oui ? On dit oui quand on ne peut pas dire non. Céder parce qu’on ne connaît pas d’autre sexualité, céder sous les pressions psychologiques, les menaces, la contrainte, l’emprise ou pour éviter une escalade de la violence ne signifie jamais consentir.

De plus, le consentement s’achète : en échange d’un logement, d’un travail, d’argent, de tout moyen de survie économique. L’échange inégal dans la sexualité peut donc désigner des situations de sexualité de complaisance sans excitation et de contrainte sans désir, donc de service et de viol.

Libérer notre sexualité est revendiquer une sexualité de désir. A condition de redonner à ce mot son sens plein, un désir autonome, actif, visible, incarné et à condition que nous, les femmes, vivions dans une société égalitaire.

Eve


Decrypter le langage du sexe

Le minou, la nenette, la foufoune… Autant de mots employés, tant par les hommes que par les femmes, pour désigner le sexe féminin. Mais ces expressions que l’on entend partout, par qui ont elles été introduites ? Et surtout, que révèlent-elles de notre vision du sexe féminin et, plus globalement, de la sexualité ? Dans l’imaginaire collectif, le sexe féminin est avant tout un trou : il est un vide, un néant à combler par le coït. Pour preuve, ne parle-t-on pas dans tous les manuels d’anatomie d’ »entrée du vagin’’, ou de « vestibule » pour en désigner la partie basse ? Ne serait-il pas plus judicieux de parler de « sortie du vagin » puisque le sang des règles, les pertes blanches et même les nouveaux-nés en sortent ? Cette dénomination est clairement issue d’une perspective de pénétration, masculine et coïtale. Le mot vagin lui-même vient du latin vagina, qui n’est autre que le fourreau de l’épée. Il est donc défini uniquement comme le complément, le logement du pénis. La “fente” autre terme pour désigner le sexe féminin renvoie à l’idée de déchirure par la pénétration. Un point de vue encore masculin d’un phallus conquérant. Quant aux expressions souvent employées comme synonymes de ”faire l’amour”, elles renvoient souvent à un vocabulaire de colonisateur, réifiant violemment les femmes (“lui bourrer le sac”…) Les mots comptent : pour poser les bases une sexualité égalitaire, non-violente et épanouissante, la transformation de notre langage est nécessaire.

Lucile