8 questions pour mieux appréhender le sentiment d’insécurité des femmes dans les transports

8 questions pour mieux appréhender le sentiment d’insécurité des femmes dans les transports

Interview d’Hugo d’Arbois de l’Organisme public d’étude et de recherche sur la criminalité et les réponses pénales.

Les faits sont présents, le constat alarmant. Pour les femmes, les transports en commun riment bien trop souvent avec inquiétant. Pour mieux combattre ce sentiment d’insécurité, il est aujourd’hui primordial d’en saisir les subtilités. Hugo d’Arbois de Jubainville, Chargé d’études à l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales, nous éclaire sur ce phénomène. 

 

Les femmes françaises sont nombreuses à déclarer ne pas se sentir en sécurité dans les transports en commun. Comment expliquer qu’ils soient aussi anxiogènes pour elles ? 

Pour la géographe Gill Valentine, les transports sont des espaces dont la configuration  même peut être source d’angoisse : des lieux clos avec un nombre de sortie limité ou bien des espaces ouverts désertés et isolés. Le sociologue Julien Noble ajoute à cela plusieurs éléments provoquant le sentiment d’insécurité des femmes : les contraintes sociales telles que le désordre, l’incivilité, l’isolement et l’obscurité que l’on peut y trouver ; le fonctionnement même de ces transports avec un temps d’attente plus ou moins long, des horaires figées et une rigidité des tracés ; et enfin le confinement qui joue lui aussi sur l’appréhension du danger qui peut survenir. 

Le harcèlement et les violences sexuelles ont aussi bien évidemment un effet sur le sentiment d’insécurité ! Pour les raisons évoquées précédemment, les transports facilitent certaines atteintes. Si certaines peuvent en apparence sembler « anodines », elles sont vécues comme graves et angoissantes car leur issue est imprévisible. La sociologue Marylène Lieber estime ainsi que ces atteintes fonctionnent comme des « rappels à l’ordre » : l’espace public est socialement dominé, les femmes objectifiées.

 

Aujourd’hui en France, combien de femmes estiment réellement se sentir en insécurité dans les transports en commun ? 

D’après l’enquête de « Cadre de vie et sécurité », 51% des usagères déclarent ne pas toujours se sentir en sécurité dans les transports en France métropolitaine. L’enquête « Victimation et sentiment d’insécurité » abonde dans le même sens puisque 51% des femmes déclarent avoir peur d’y être volées ou agressées en Île-de-France. Une petite partie d’entre elles expliquent même avoir trop peur pour utiliser ce mode de déplacement !

 

Et combien déclarent y avoir subi des agressions ? 

Toujours d’après l’enquête « Cadre de vie et sécurité », on compte 267 000 victimes de violences sexuelles masculines dans les transports au cours des deux années précédant l’enquête. Parmi elles, 85% de femmes ! Cela inclut des exhibitions, des agressions sexuelles telles que des baisers ou caresses forcés, des attouchements, et des viols.

 

Outre les agressions sexuelles, de quel type sont ces atteintes ? 

On peut les classer en plusieurs catégories : 

  • les atteintes non-verbales comme les regards insistants, les gestes à connotation sexuelle, l’imposition de contenu pornographique, les filatures et les exhibitions sexuelles.
  • les atteintes verbales avec notamment ce qu’on est faussement appellé la « drague importune » : les hommes abordent  les femmes soi-disant de la drague mais sans leur consentement ou malgré leur refus, c’est une violence sexiste. Mais aussi d’autres atteintes comme les sifflements, les commentaires sur le physique ou la tenue, les questions intrusives, les injures, les menaces, les commentaires à connotation sexuelle et le harcèlement sexuel tel que défini par la loi.
  • les atteintes physiques parmi lesquelles on compte notamment les agressions sexuelles : les agresseurs se collent, se frottent, touchent et embrassent les victimes contre leur gré. Mais aussi les agressions sexuelles, les viols et les tentatives de viol.

 

Les agressions ont-elles lieu au sein même des transports ou en dehors ? 

Tout dépend du type d’agression. La configuration des transports et la promiscuité qu’elle peut procurer aux heures de pointe est ainsi propice aux exhibitions et aux agressions sexuelles puisque les agresseurs peuvent y coincer les victimes, s’asseoir en face ou à côté d’elles… 

D’autres atteintes sont par contre plus fréquentes lorsque les victimes attendent l’arrivée du transport, en sortent… C’est le cas des suivis, des sifflements… ce qu’on appelle communément le harcèlement de rue.

 

Quels sont les dispositifs mis en place pour lutter contre ces agressions ?

Patrouilles des forces de l’ordre et des agents de sécurité pour dissuader ou intervenir au moment des faits, vidéosurveillance pour dissuader, rassurer et appuyer le travail des enquêteur.rice.s, numéros d’alerte, campagnes de sensibilisation, arrêt à la demande pour les bus de nuit… Il en existe plusieurs plus ou moins récents. La loi du 3 août 2018 permet quant à elle de réprimer un nouveau délit : l’outrage sexiste. Mais encore faut-il que des agents soient présents pour verbaliser les infractions ou que la victime dépose plainte…

 

Ces mesures sont-elles appropriées selon vous ? 

Difficile à dire car elles font rarement l’objet d’une évaluation rigoureuse, transparente et indépendante. A titre personnel, je trouve toutefois que les campagnes de sensibilisation par exemple ne sont pas appropriées dès lors qu’elles ne représentent pas le harcèlement et les violences sexuelles de manière réaliste : les agresseurs y sont souvent symbolisés par des monstres ou des animaux dangereux, il est temps de représenter ce phénomène tel qu’il se produit au quotidien !

 

Comment aller plus loin ? 

En commençant par évaluer rigoureusement les mesures existantes ! Ce qui nécessite une réelle coopération entre les opérateurs, les forces de l’ordre et les organismes qui peuvent conduire ces évaluations.

Améliorer la sécurité des femmes dans les transports, c’est ensuite reconnaître qu’elles ont des attentes qui leur sont propres. Il faudrait donc avoir une démarche pour mieux les comprendre : conduire davantage d’enquêtes de victimation et d’opinion, organiser des marches exploratoires, assurer la mixité parmi les opérateurs et donc les opératrices…

 

Article écrit par Malvina 

Illustration de AliceDes

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