Coronavirus: une pandémie révélatrice des inégalités femmes-hommes

Nous sortons de plus de deux mois de confinement. Le «monde d’après » tant vanté sera-t-il exempt d’inégalités et de violences masculines ? Pour cela, il faudra aller plus loin que la prise de conscience de cette période, révélant entre autres qu’il ne suffit pas que les hommes soient présents pour qu’ils s’investissent dans leurs foyers. Retour sur un état des lieux du sexisme qu’il nous reste à combattre.

Violences de conjoints

Les chiffres en Europe, et partout ailleurs, sont catastrophiques: pendant le confinement les appels et les signalements de violences contre les femmes ont augmenté. De 25% au RoyaumeUni, de 32% en France, de 20% aux Etats-Unis. Au Brésil et au Mexique, les demandes d’assistance pour violences domestiques ont doublé. Le patriarcat est sans frontières. Les réactions des gouvernements ont été déroutantes d’inefficacité (sauf peut-être en Autriche, où l’éviction du conjoint violent a été la solution indiquée): lignes d’écoute dépassées, services de police en alerte mais insuffisamment formés, et presque aucun budget déboursé pour une augmentation des places en centre d’accueil en France. La presse fait toujours mine de ne pas comprendre : la cohabitation forcée serait le terreau de disputes qui se transforment en violences conjugales et familiales. Nous féministes, savons qu’il ne s’agit que de prétextes à l’exacerbation de violences déjà présentes. Combien de temps devrons-nous répéter que le privé est politique ?

Travail précaire

Dans cette crise sanitaire, les travailleuses du soin et de la distribution sont particulièrement mobilisées: des infirmières aux caissières… Autant de femmes, déjà précarisées, victimes du détricotage des services publics
hospitaliers et sociaux qui subissent de plein fouet la pression économique et sociale de la crise, en sus de se mettre en danger. A la détresse sociale de ces femmes, aucun gouvernement ne répond efficacement: pourtant le moment serait idéal pour valoriser ces emplois. En outre en France, des femmes au SMIC et en arrêt de travail forcé, n’ont jamais reçu la partie complémentaire de leur salaire, normalement versée par leur employeur.

Charge mentale

Dans cette crise sanitaire, l’injuste répartition des tâches domestiques s’est accrue : d’après un sondage Harris, 68% des femmes ont assumé davantage de tâches ménagères que leur conjoint, et l’Ifop a recensé une augmentation de 49% des conflits dus aux tâches domestiques. La continuité pédagogique imposée par le gouvernement français repose aussi majoritairement sur les mamans, et cette école à la maison ne fait qu’alourdir leur journée éreintante entre télétravail (pour celles qui le peuvent), tâches ménagères et gestion des enfants. Quand les femmes auront-elles le droit au repos ?Comment ce violent retour au foyer ne peut-il pas creuser les inégalités de sexe ? Or, les gouvernements restent muets. Le phénomène relève de la vie privée, de l’invisible. Pourtant éduquer les hommes et les garçons à la vie ménagère serait le premier pas vers des foyers plus égalitaires. Épuisées, de nombreuses femmes se mobilisent, c’était l’objectif de notre campagne Soeursconfinées.

A crise internationale, féminisme international

La crise sanitaire du coronavirus agit comme un catalyseur: elle révèle et amplifie les discriminations sexistes. Mais, il n’y a pas de fatalité, nos ovaires ne nous condamneront pas à vivre à genoux (merci Simone !).
Partout dans le monde, nous sommes nombreuses à nous révolter. Le patriarcat s’étend à l’échelle planétaire, se reproduit sous diverses formes mais toujours dans le même but: celui de nous asservir. Alors, si le patriarcat est international, nos mouvements féministes doivent l’être également. Plus que jamais, une solidarité des femmes, politique, doit naître. Il est bon d’espérer qu’après la crise, nos réseaux féministes seront solidifiés et nos unions pérennisées. Il est bon d’espérer que partout dans le monde, des armées de femmes se soulèveront pour vaincre le virus du patriarcat.

Juliette Tirabasso