Virginia Woolf, une autrice précurseuse

Virginia Woolf (1882-1941) est une femme de lettres anglaise de l’entre-deux guerres. Elle est la neuvième autrice à entrer dans la Pléiade en 2012. Son essai A room of One’s Own (une chambre ou un lieu à soi selon les traductions), paru en 1929, fait partie des ouvrages incontournables du féminisme.

 

Une vie marquée par les épreuves

Sa famille regroupe huit enfants de trois mariages différents ; Virginia en est la septième. Elle reçoit un enseignement à domicile donné par son père (écrivain), ce dont elle gardera un souvenir de profonde frustration de n’avoir pu « jouer, courir, se chamailler, dire des gros mots » comme les autres enfants de son âge. 

La mort de sa mère, décédée de la grippe alors qu’elle n’avait que 13 ans, et celle de sa demi-sœur Stella deux ans plus tard, la plongent dans sa première dépression.

En 1904, elle est internée pour la première fois après le décès de son père. Par la suite, elle connaît de nombreuses périodes de mélancolie, dues aux abus sexuels commis par deux de ses demi-frères ; et sera internée à plusieurs reprises.

 

Le succès littéraire

En 1912, elle épouse l’écrivain Leonard Woolf. En 1915, son premier roman est publié ; par la suite, elle continue d’écrire des essais et romans explorant des thèmes féministes et rencontre le succès auprès du public et des critiques. En 1917, le couple crée la Hogarth Press, maison d’édition qui publiera la plupart de ses œuvres.

Elle contribue de manière novatrice à la mise en forme du roman anglais. L’une de ses caractéristiques est le ton de dialogue, d’un style complice qu’elle établit avec son lectorat à qui elle s’adresse quasi-personnellement. Toute son œuvre est fortement inspirée de sa propre vie et des êtres qu’elle a côtoyés : son frère Thoby, sa mère et Vita Sackville-West, son amante de longue date.

L’écriture est pour elle un véritable rempart contre son mal de vivre.

A 59 ans, elle se suicide par noyade dans une rivière du Sussex, près du domicile conjugal. 

 

Sa contribution au féminisme

A room of One’s Own rassemble une série de conférences données en 1928 à l’université de Cambridge sur le thème des femmes et de la fiction. Ce sujet soulève une autre question, celle du lieu (une chambre dont la porte doit être pourvue d’une serrure) et de l’argent (500 livres de rente), qui donne son titre à l’essai : « Une femme doit avoir de l’argent et un lieu à elle si elle veut écrire de la fiction. »

Son livre pointe le système de domination qu’est le patriarcat. Aussi, la romancière analyse finement les mécanismes d’oppression des femmes.

Elle évoque la non-mixité dans les universités imposée à son époque comme une façon d’avoir une parole libre : « Nous sommes entre femmes, vous me le garantissez ! »

Elle traite aussi du matrimoine : « C’est à travers la pensée de nos mères que nous pensons si nous sommes femmes. »

Un autre constat qu’elle dresse : « presque sans exception, les femmes nous sont données dans leurs rapports avec les hommes. » Cette observation reste aujourd’hui particulièrement vraie. Et notamment dans le milieu du 7ème art avec le fameux test de Bechdel-Wallace.*

Woolf s’attarde sur les contraintes liées au mariage, à la charge des enfants et du ménage, ne laissant plus le temps aux femmes de se consacrer à l’écriture. On parlerait aujourd’hui de « charge mentale ».

Tous ces thèmes que les féministes de ce début de XXIème siècle connaissent bien, ont été évoqués par Virginia Woolf 90 ans plus tôt. Elle fait partie intégrante de notre matrimoine.

 

Maya Forbin

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