Pédocriminalité : impunité massive

124 000 filles subissent des viols chaque année, et 30 000 garçons. Une fille sur 5 et un garçon sur 13 auront subi des violences sexuelles avant leur majorité. Ces chiffres sont édifiants. Ces violences sont massives et répandues dans tous les milieux. Ces violences sont pourtant mal connues : il n’existe pas d’enquête de victimation directe auprès d’enfants. Ces chiffres sont obtenus auprès d’adultes qui rapportent des violences subies dans leur enfance. (CSF 2008, CVS-ONDRP 2012-2015)

Ces violences pédocriminelles ont pour caractéristiques de plus d’être commises par des personnes censées les protéger : père, grand-père, beau-père, ami de la famille, frère, cousin, ou éducateur, professeur, médecin, prêtre. Bref, le plus souvent une personne adulte connaissant l’enfant, et utilisant son rapport de domination pour agir dans l’impunité.

La stratégie de l’agresseur, telle que décrite par le CFCV, est déployée pour assurer l’impunité des violeurs : L’agresseur cible un.e enfant dans un contexte vulnérable et les isolent (le huis-clos de la maison par exemple…). Il charme puis dévalorise, cajole puis humilie, dans une stratégie de contrôle et d’isolement.

Pour garantir son impunité, l’agresseur va renverser la culpabilité sur l’enfant : « Si tu parles, tu vas détruire la famille, maman va te détester » dira un père pédocriminel à sa fille.

L’écueil serait de pathologiser les pédocriminels : des « fous », des « malades » qu’il faudrait soigner. Or la pédocriminalité n’est pas une maladie, mais une composante structurelle construite et centrale du patriarcat.

 

 L’érotisation du corps des enfantes

En effet, l’idéal type de « désirabilité » en patriarcat est la mannequin qui a un corps très jeune et gracile, voire maigre ou anorexique, sans hanches, sans fesses. C’est aussi un corps sans poils ; en fait un corps de fille pré-pubère. Cette esthétique de la « femme-enfant » est très présente dans la mode mais aussi dans la pornographie. L’épilation intégrale du sexe féminin et la vaginoplastie (pour réduire les lèvres) imposées aux femmes en pornographie participe à idéaliser une esthétique du sexe féminin qui ressemble à celui d’une enfante, une fente glabre. 

Car si le patriarcat inculque aux femmes la haine de soi, la haine de leur corps de femme avec ses rondeurs naturelles; parallèlement le patriarcat érotise le corps des enfantes. Il suffit de penser à l’esthétique japonaise de la culture pop et des mangas qui promeut l’écolière à la jupe courte plissée et aux chaussettes montantes comme étant le fantasme masculin ultime. Sur YouPorn, il existe d’ailleurs une catégorie appelée « teen » développant cette esthétique pédocriminelle. 

Les concours de mini-miss, la vente de maquillage dans les magasins de jouets, ou la vente de strings et soutiens-gorge pour des enfants à partir de 6 ans participent aussi à cette culture de pornification des enfantes.

Dans la mode, les magazines féminins et  les podiums des défilés exhibent des adolescentes sexualisées. Depuis le roman de Nabokov, Lolita, jusqu’aux photographies d’Hamilton présentant des corps d’adolescentes nues dans des poses pornifiantes, la culture pédocriminelle n’a cessé d’érotiser les corps des filles. Hamilton, qui rappelons le, a violé un grand nombre des adolescentes qui ont posé pour ces photos.

Les conséquences de cette culture pédocriminelle sont désastreuses pour les filles quant à leur estime de soi (elles sont objectifiées, ramenées à être des objets sexuels dès leur enfance) et quant à leur sécurité. Nathalie Portman qui avait 13 ans lors du tournage de LEON raconte son calvaire à la sortie du film. Le mail de son premier fan fut une menace de viol, et une radio lança un compte à rebours jusqu’à son 18ème anniversaire date à laquelle il serait enfin légal de la « baiser ». 

 

La psychanalyse freudienne : outil de propagande pédocriminelle

La psychanalyse freudienne a construit un théorie alibi pour les pédocriminels : le complexe d’Electre, versant féminin du complexe d’Œdipe. Selon la théorie freudienne, la petite fille, atteinte de l’angoisse de la castration d’être née sans pénis (théorie phallocentrée fumeuse…. comme si les filles et les femmes n’avaient pas de sexe !) développe une attirance sexuelle pour son père dans l’enfance. Pratique pour dédouaner les pères violeurs de leur responsabilité. 

DOLTO, très célèbre et encore respectée psychanalyste pour enfants, déclare par exemple dans la revue Choisir :

« Choisir – Mais enfin, il y a bien des cas de viol ?

  1. Dolto – Il n’y a pas de viol du tout. Elles sont consentantes.

Choisir – Quand une fille vient vous voir et qu’elle vous raconte que, dans son enfance, son père a coïté avec elle et qu’elle a ressenti cela comme un viol, que lui répondez-vous ?

  1. Dolto – Elle ne l’a pas ressenti comme un viol. Elle a simplement compris que son père l’aimait et qu’il se consolait avec elle, parce que sa femme ne voulait pas faire l’amour avec lui. »

« Choisir – D’après vous, il n’y a pas de père vicieux et pervers ?

  1. Dolto – Il suffit que la fille refuse de coucher avec lui, en disant que cela ne se fait pas, pour qu’il la laisse tranquille.

Dans beaucoup de littérature psychanalytique, l’inceste est vu comme un fantasme infantile; et les souvenirs qui peuvent émerger de l’amnésie traumatique seront considérés par le praticien psychanalytique comme une névrose oedipienne. La psychanalyse participe au déni du vécu de la victime de viol pédocriminel. Au lieu d’une prise en charge des psychotraumas vécus par les victimes, certains psychanalystes renforcent la culpabilité des victimes, par un phénomène d’inversion, typique de la stratégie des agresseurs. C’est ce que raconte très bien le film de Sophie Robert, “Le phallus et le néant”.

Dans ce contexte où les enfants auraient des “pulsions sexuelles”, et que leur corps est rendu excitant, que l’on peut justifier l’injustifiable : le “consentement” d’enfants à être pénétré sexuellement. 

En octobre 2018, a eu lieu par exemple le procès pour viols sur mineur par des pompiers d’une fille de 14 ans. Pendant 2 ans, cette adolescente a été violée régulièrement par plus d’une vingtaine de pompiers de la même caserne de Bourg La Reine. Lors du procès, la défense parlera d’une « nymphomane » ; les médecins déclarent la jeune fille « fragile » et ayant « besoin de se faire mal ». L’état de détresse psychologique suite aux viols et les conduites à risques, au lieu d’être caractéristique des traumatismes endurés, sont devenus, dans une technique d’inversion de la responsabilité,  des « excuses » pour les violeurs et des éléments à charge pour la victime. Le parquet décidera d’abandonner les poursuites pour viols estimant le « défaut de consentement » insuffisamment caractérisé. 

 

Le continuum pédocriminel 

C’est dans ce contexte de culture pédocriminelle, que l’agresseur va pouvoir commettre des violences sexuelles en toute impunité. Il arrivera à faire croire à sa victime que c’est elle la responsable, que c’est elle qui l’a “provoqué”, permettant ainsi d’inverser la responsabilité et d’assurer son impunité. Les viols pédocriminels s’inscrivent dans ce cadre patriarcal appelé continuum pédocriminel. 

 

Céline PIQUES