Les violences subies par les femmes dans leur parcours de santé

Alors que le corps médical a pour mission de soigner, de soulager les douleurs qui touchent les corps, la médecine en mode patriarcal s’illustre, hélas, plus souvent par les multiples violences qu’elle commet à l’encontre, particulièrement, des femmes. Tour d’horizon des menaces médicales contre les femmes.

 

Etre médecin, c’est vouloir réparer, soulager les vies mais, être médecin, c’est aussi avoir un grand pouvoir sur les soigné.e.s qui vous font confiance, qui vous confient leur corps, leur personne tout entière. Alors, parfois (souvent ?), des médecins utilisent ce pouvoir pour leur faire du mal. Et, les femmes, en société patriarcale, en sont les premières victimes.

La violence du sexisme ordinaire en milieu médical

La première des violences, c’est le manque de bienveillance. Pas besoin de faire de longues recherches pour trouver des témoignages : dernière visite chez une gynécologue, spéculum douloureux lors de l’insertion dans le vagin et remarque de la praticienne sur ma sexualité sans doute compliquée puisque je ne supporte pas cette insertion de rien du tout.

Problème de bienveillance, problème d’écoute. Le ressenti, les douleurs des femmes ne sont pas écoutées par les praticien.ne.s. Le New York Times a ainsi consacré récemment une grande enquête à ce phénomène et révèle que, selon une étude menée par l’Université de Pennsylvanie, les femmes attendent en moyenne 16 minutes de plus que les hommes avant de se voir administrer un traitement anti-douleurs aux urgences. La docteure Tia Powell, professeure d’épidémiologie clinique à l’Albert Einstein College de New York, explique ainsi que « les professionnels de santé peuvent, inconsciemment, avoir intériorisé des données biaisées qui impactent la manière dont les femmes sont entendues, comprises et traitées ». Pour de nombreux médecins, la souffrance féminine serait donc psychosomatique, dans « leur tête ». Résultat pour les femmes : elles signalent moins leur douleur, ce qui peut avoir des conséquences graves puisque, selon le département de cardiologie de Yale, elles avertissent moins les professionnel.le.s de santé lors d’une potentielle crise cardiaque.

Cette absence d’écoute concerne tous les aspects du soin et elle est encore plus prégnante lors de la prise en charge des psychotraumatismes. Là, les personnels médicaux (et pas seulement) qui accueillent et recueillent la parole des victimes tiennent encore trop souvent un discours culpabilisant, minimisant, voire niant les violences vécues.

La violence de la médecine patriarcale contre les femmes commence donc avant même le diagnostic.

Les violences physiques : l’importance des violences obstétricales

Et, elle ne s’arrête pas là. Les violences peuvent devenir physiques. Ainsi, le phénomène des violences obstétricales est de plus en plus dénoncé en France.

Né au début des années 2000, en Amérique latine, l’expression « violences obstétricales » s’est ensuite « répandue dans le monde anglo-saxon et plus récemment dans le reste de l’Europe à partir des années 2010 », selon Nastassia Audibert, autrice du mémoire de sociologie Violence obstétricale : émergence d’un problème public en France (mai 2016).

Alors que la loi Kouchner de 2002, relative aux droits des malades, affirme clairement : qu’ «aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et [que] ce consentement peut être retiré à tout moment» ; de nombreuses femmes doivent faire face à des traitements douloureux, humiliants et dégradants lors de leur grossesse puis de leur accouchement.

Entre les épisiotomies encore bien trop nombreuses en France au regard des prescriptions de l’OMS (27% en moyenne alors que le taux maximal devrait être à 10%) ou les très nombreux  (1 sur 5) déclenchements d’accouchement pour raisons de confort (celui des médecins, s’entend), mais aussi la pratique, toujours existante même si son abandon est recommandé depuis 2007 par la Haute autorité de la santé, de l’expression abdominale (qui consiste à appuyer sur le ventre pour accélérer l’accouchement, comme on appuie sur un tube de dentifrice pour en faire sortir plus vite son contenu) et les césariennes à vif, les femmes sont soumises à très rude épreuve lors de l’accouchement.

De nombreuses femmes en ressortent donc avec des douleurs très importantes (côtes cassées après une expression abdominale, par exemple) et de véritables psychotraumatismes (syndrome de stress post-traumatique à gérer après une césarienne à vif, entre autres).

Cependant, malgré la réalité et la diversité de ces violences, très peu de patientes portent plainte ou, lorsqu’elles le font, celle-ci n’aboutit à rien en général. Parfois aussi, les patientes tentent de dénoncer ces agissements hors du cadre judiciaire, en s’adressant à l’Ordre des sages-femmes ou à celui des médecins. Et, même si une sage-femme a été condamnée récemment pour ses propos grossiers par son ordre, ces instances de régulation interne des professions médicales cherchent, la majeure partie du temps, à minimiser les faits et à nier l’existence de ces violences pour protéger les professionnel.le.s.

Mais si les femmes osent de plus en plus dénoncer ces pratiques en gynécologie, le silence reste glaçant dans les autres spécialités où, pourtant, ces violences existent aussi.

Les violences sexuelles, quand les soignants sont des agresseurs sexuels

Le corps médical a donc du mal à remettre en question ses pratiques et les dérives de ses praticiens dans l’exercice de leur profession. C’est particulièrement le cas en ce qui concerne les violences sexuelles commises par des médecins.

Les témoignages d’agressions sexuelles sont nombreux, ceux de victimes de violences obstétricales ayant subi des touchers vaginaux non consentis par exemple, ou encore sur le forum Atoute.org où des femmes se demandent s’il est normal que leur médecin leur fasse un bisou dans le cou ou les félicite sur leur poitrine. Certaines soignées sont également victimes de viols.

Et cela, alors même qu’il a été réaffirmé par le Conseil national de l’Ordre des médecins, en décembre 2000, que si « la pratique médicale expose à des tentations sexuelles[1] […] l’acte médical, permis par des droits particuliers reconnus aux médecins, a pour principe absolu de n’être d’aucune façon mêlé à une relation sexuelle. […] ».

Pour autant, c’est à seulement un an d’interdiction d’exercer qu’un psychiatre de Mulhouse a été condamné, en 2014, par l’Ordre des médecins après avoir eu des “relations sexuelles” pendant cinq ans avec l’une de ses patientes. Après avoir nié au départ les accusations de viol portées par cette dernière contre lui, il a fini par reconnaître des « ébats sexuels » avec celle-ci lorsqu’elle en a produit un enregistrement audio. Il a alors, pour se dédouaner, successivement invoqué sa volonté de la « débloquer psychologiquement », puis une relation amoureuse sincère.

Au lieu d’être correctement soignées, les femmes sont donc également confrontées aux violences sexuelles et à l’emprise lorsqu’elles s’adressent à des professionnel.le.s de santé.

Si tous les praticiens ne sont pas des agresseurs, il existe cependant un système médical patriarcal violent qui cherche à dominer, par tous les moyens, les corps des femmes. Cela doit cesser !

 

Claire Besné

 

[1] Ce terme étant d’ailleurs particulièrement choquant, l’Ordre des médecins ferait bien de suivre la demande de la pétition Hippocrate qui vise à interdire toute relation sexuelle entre soignant.e et soigné.e.s : http://www.atoute.org/n/article366.html