« J’accuse » : 2 ans après #MeToo, malgré les prises de parole et de conscience, l’inversion accusatoire des agresseurs reste de mise

La semaine dernière, elles étaient deux à jeter un nouveau pavé dans la mare : Adèle Haenel et Valentine Monnier.

La première accuse, dans d’une enquête menée par Mediapart, Christophe Ruggia, réalisateur français, d’avoir exercé dans les années 2000, une emprise sur elle de ses 12 ans à ses 15 ans lors du tournage du film « Les Diables ». Ruggia avait alors près de 40 ans. Le scénario douteux de ce film et la mise en scène infâme de la nudité d’enfants entretenant une relation incestueuse mettent déjà la puce à l’oreille… Le visionnage douloureux de ce long métrage ne laisse aucun doute sur la relation de pouvoir et la mainmise qu’un adulte peut exercer sur un.e enfant.e, faisant de lui ou elle ce qu’il en veut. Le regard sexuel porté sur la très jeune Adèle Haenel est également lourd de sous-entendus.

La seconde accuse Roman Polanski de l’avoir violée dans les années 70 lorsqu’elle avait 18 ans. 

Aucune des deux victimes n’a décidé de porter plainte, baissant les bras face à une justice tentaculaire qui n’a que faire de rétablir la vérité et de condamner les coupables. Dans le cas de Valentine Monnier, le délai de prescription l’empêche de toute manière de plaider sa cause.

Bien évidemment, les deux agresseurs nient. 

Non seulement, ils nient la parole de ces femmes et taisent leurs propres violences mais ils ont en plus l’outrecuidance de se poser eux-mêmes comme les victimes de ces accusations.

En effet, Roman Polanski a sorti cette semaine un film sur l’affaire Dreyfus intitulé « J’accuse ». Il témoigne du fait que cette affaire historique résonne en lui car il aurait souffert lui aussi d’une cabale médiatique suite aux poursuites judiciaires (auxquelles il ne s’est jamais confronté) à son encontre pour viol sur une enfante  de 13 ans dans les années 70. Lui aussi aurait subi un acharnement injuste au même titre que Dreyfus. 

D’autres profitent de cette brèche rhétorique afin de se lamenter à leur tour : Tariq Ramadan, accusé de plusieurs viols, se met lui aussi à se comparer à Dreyfus lors de la promotion de son dernier livre.

Cette stratégie d’inversion accusatoire est ignoble : en plus de délégitimer la parole des victimes, elle la diabolise ! Et contraint au silence les milliers de femmes qui comprennent ainsi qu’elles ne peuvent que perdre dans la bataille du rétablissement de la vérité.

Lorsqu’on voit l’emprise que peuvent avoir les hommes de pouvoir, il est courageux de les accuser. 

La semaine dernière, le journal Libération révélait le témoignage de femmes ayant subi les délires et les agressions sexistes de l’ancien DRH du ministère de la culture, Christian N. (ayant également exercé au sein du Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes) qui photographiait à leur insu les jambes de ses collègues et versait des diurétiques puissants dans les boissons des candidates qu’il recevait en entretien d’embauche avant d’aller se promener avec elles afin d’assouvir ses “envies” de regarder et d’entendre les femmes uriner…

Autre preuve s’il en est que les agresseurs agissent en toute légitimité : le collectif Abolition PornoProstitution a révélé que le nom d’Adèle Haenel est arrivé dans le top 10 des recherches de Pornhub la semaine dernière. Ces complices de la culture du viol cherchaient certainement des films des agressions que l’actrice a subi dans son enfance ou une version pédopornographique mettant en image ses révélations… 

Source: Collectif Abolition PornoProstitution

Il est plus que temps de réaffirmer que ces agresseurs sont des criminels notoires, qui restent impunis et continuent de vivre et travailler sans être inquiétés, voire en étant encensés. Il est légitime (et immensément courageux) que les femmes nomment ces hommes et décrivent ce qu’elles ont subi afin de rétablir la réalité : nous sommes les victimes de ces tyrans.

En effet, ce genre de pratiques est courant lorsqu’une accusation de harcèlement sexuel ou de viol surgit dans l’actualité: les complices du système pornocriminel veulent visionner des mises en scène violentes et déshumanisantes des victimes ou se complaire dans l’observation d’agresseurs en position de domination, ce qui peut amener à créer des contenus alimentant ces demandes. Par exemple, en 2011, de nombreux contenus pornocriminels présentant des sosies de Dominique Strauss-Kahn sont apparus sur les plateformes de contenus pornocriminels, glorifiant les viols de cet agresseur.

C’est à notre tour d’accuser.

À nouveau, nous souhaitons relayer et soutenir la parole héroïque des femmes victimes et dénoncer l’impunité des hommes criminels. L’imprescriptibilité des crimes sexuels et pédocriminels doit être adoptée, pour permettre la reconnaissance des droits de chaque victime, à n’importe quel moment de sa vie. La Belgique vient de le faire, nous devrons supporter encore combien de temps l’indécence des Polanski et cie en France ?


Meryl

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